Dans la chaleur de la nuit je me lève. Toute seule dans cette grande maison, je souris. Il fait noir. Je sors sur le balcon et je regarde en haut. Je ne vois pas les étoiles. Dans le ciel, de gros nuages roulent. Le ciel n'est pas complètement noir et je ne vois pas les étoiles. Je ne vois pas la lune non plus. Le jour va bientôt se lever. Fera-t-il soleil? Un gros camion passe sur la rue et coupe en deux le silence de la nuit, comme un jeu de cartes. Pourquoi je ne dors pas ? Je ne sais pas. Le silence se réinstalle dans la maison, épais et doux. Je ne fais pas de cauchemars. Ce n'est pas de l'insomnie si je me lève la nuit. J'ai simplement envie de voir la nuit. Il se passe des choses étranges, bizarres et ça ne me touche pas. Quelqu'un m'a écrit pour me parler d'une histoire drôle, une drôle d'histoire, et je n'ai pas ri. C'est une histoire triste. La forêt qui brûle ne devrait pas partir en fumée. Le feu dans les arbres c'est triste. C'est très beau et très triste. J'ai encore envie de partir très loin à l'autre bout du monde pour sauver les arbres de la forêt.

Et si je partais ?

C'est le matin. Je ne suis pas partie cette nuit.

La nuit, je ne pars pas. Je veux voir les étoiles et les étoiles sont parties. Je retourne dans le lit, je brosse mes cheveux. Je dors.

Je bois un thé sucré. Le soleil brille comme de l'eau qui rêve de caresser mon corps. Je prends un bain parfumé aux huiles essentielles : Lavendula angustifolia, la fleur de lavande, Chamaemelum, la camomille, et Citrus reticula, la mandarine.

C'est l'après-midi. Je sors acheter des abricots. Je prépare un bol de thé et je l'apporte avec moi dehors. Je m'asseois et j'ouvre mon livre. Je lis Les petits chevaux de Tarquinia. Je mange des abricots et je bois du thé. Cet été, je lis et relis Duras. Certains de ses livres, je ne les ai jamais terminés. D'autres, je les ai lus une, deux et trois fois et je veux les relire encore. Et il en reste quelques uns que je n'ai jamais lus. Aujourd'hui, depuis samedi, jeudi, je ne sais plus quand, Les petits chevaux de Tarquinia sont entrés dans ma vie avec la mer, l'amour, les vacances. Il arrive que je ne puisse pas lire plus d'une page à la fois. Je dépose le livre. Je le reprends quand mon coeur bat moins fort.