Il fait très chaud, mais pas « trop chaud ». J'aime la chaleur intense et l'humidité. Et le soleil. Il suffit de quelques minutes au soleil pour que mes taches de rousseur ressortent.

Depuis quelques jours, pourtant, la chaleur est si intense qu'elle vous prend à la gorge, exactement comme si vous avanciez trop près d'une cheminée. Quand cela devient trop chaud : on suffoque un peu.

Quand j'étais enfant, il y avait une énorme fournaise au bois dans le sous-sol de la maison. Et la chaleur montait aux étages supérieurs par des grilles en métal d'un mètre carré. En plein hiver, quand il faisait très froid et que cette fournaise chauffait au maximum, j'aimais m'installer debout sur la grille et je restais là le plus longtemps possible, dans les vagues ondoyantes de la chaleur, jusqu'à ressentir cette sensation d'étouffement et de faiblesse me ramollir le ventre et les jambes, jusqu'à ne plus pouvoir tenir, jusqu'à la limite du supportable; c'était quelque chose de très bon, de très sensuel, exactement comme ce que je ressens maintenant, dans cette chaleur qui fait fondre mes dernières pensées rationnelles.

Les gens ne parlent pas de ces choses-là. Ils se plaignent de la température. Elle est là, la véritable obscénité, elle est dans ce refus politique et hypocrite de reconnaître l'intelligence du corps, ce que nous goûtons quand tous nos sens sont en éveil.

Et c'est comme ça, sur ces grilles-là, que j'ai tout appris malgré moi, tout ce que je pouvais entendre, tout ce qui se disait à l'étage au dessous. Des choses que se racontaient les parents ou les grands une fois que les petites oreilles étaient montées se coucher. Des choses qui faisaient battre mon coeur très vite. Des secrets.

La petite fille qui aime la chaleur est toujours là. Elle entend tout. On peut tout lui dire et elle ne le répétera pas. Elle sera loyale.

Je lis et j'écris. Je réfléchis. Je suis cette femme qui vit seule, et qui écrit. Chaleur. Sueur. Des petites gouttes d'eau perlent sur ma lèvre supérieure, juste à l'endroit où pousserait la moustache si j'étais un homme.

Je suis une femme. Quand j'écris, je suis une fleur. Retenir une chose, une seule chose : dans la vie, elle continuera à faire ce qu'elle désire faire, écrire ce qu'elle désire écrire, aimer qui elle désire aimer. Écrire à qui elle désire écrire. Elle est douce et rebelle. N'écoutera aucun conseil. Quand elle écrit, elle est une fleur.