love and writing project [beauté]

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Le Poëte est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. [Baudelaire, L'albatros]

Deux heures du matin, je lis Les Fleurs du Mal. Qu'est-ce que je cherche dans la poésie de Baudelaire ? Rien. Je lis pour le plaisir d'entendre les mots. Je ne cherchais rien et j'ai rencontré le poète.

Trois heures du matin et j'ouvre le dictionnaire. Je l'ouvre au hasard comme si je jouais à la roulette russe : toute une page avec le mot Beauté. Je ne cherchais rien et j'ai rencontré la beauté.

J'avais oublié que le mot Beauté c'est un mot qui sort du dictionnaire en pleine nuit quand je ne cherche rien. Rien de rien. Je lis « La beauté » récitée par le prince des nuées. Et je recopie pour le plaisir de tracer les mots dans mon cahier avec de l'encre bleu marine :

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Je respire une fleur de magnolia rose pâle qui s'ouvre toute seule dans un grand bol d'eau. La nuit est une grande marée. Il est des nuits profondes plus longues qu'une vie. Il est des nuits profondes si lourdes de beauté qu'elles ne finiront jamais, libres à jamais dans le silence de mon coeur.