118. chinatown

Je retrouve ce matin le Journal de Katherine Mansfield et un intéressant passage sur l'écriture au quotidien et les petits bonheurs. Je vais le recopier plus tard. Le Journal de K.M. est toujours là quand j'en ai besoin. Certains journaux me font ça. Je lis quelques pages et je me retrouve comme dans ma propre maison. Dans les journaux intimes, on trouve des mots qu'on a lus, pensés, des choses qu'on a faites, ou qu'on aurait pu dire ou faire. C'est bien qu'il y ait des journaux publiés dans l'Internet, pas juste sur papier, c'est bon. Faut continuer, n'en déplaise à ceux qui trouvent l'entreprise suspecte.

Oui Marie, moi aussi je veux continuer, écrire chaque jour ou presque, arriver à écrire simplement pour jouer, simplement pour le plaisir de jouer avec les mots, jouer avec la vie, avec notre vie. Et nous faire du bien en faisant du bien à ceux qui nous lisent. On prend ça trop au tragique parfois, on cherche pourquoi ceci et pourquoi cela, pourquoi on a besoin de masques, de fiction, de fantaisies et de rêves, pourquoi se sentir exister en étant lues. Oui, pourquoi les autres, le regard des autres et la valeur qu'ils accordent à nos écrits sont si importants? Je n'ai pas de réponse à ça.

Je pense que cela a quelque chose à voir avec le regard de la mère, le premier regard qui se pose sur nous. C'est essentiel comme la nourriture. Et nous aussi on a besoin de regarder les autres, on lit, on lit tout le temps. Et on leur dit pas ou pas assez qu'on aime ça, ou bien on le dit quand les écrivains sont morts. Pudeur ? Ou peut-être cela a-t-il à voir avec la question du désir mimétique : vouloir faire comme l'autre, vouloir ce que l'autre a, faire aussi bien que lui, ou je ne sais trop quoi.

Et il y a aussi cette autre série de « pourquoi » qui fait mal : pourquoi la dérision blesse, tranchante comme une hache, coupant l'envie de construire. Pourquoi ? Je ne sais pas, Marie, je ne sais pas. Va falloir qu'on s'aide. Va falloir être fortes et apprendre à faire avec. S'endurcir devant ça. Les ignorer ou leur cracher dans la gueule. Je sais pas encore. J'ai essayé l'indifférence. Depuis des mois, plus d'un an, je cultive l'indifférence, comme si j'étais une fleur. Tu crois que c'est ridicule ?

« Cultiver l'indifférence », j'avais entendu ça dans le film Indochine, tu sais, ce long film avec Catherine Deneuve. Mais c'est pas mal oriental comme réaction, je sais, ça marche pas quand je vois rouge... trop de sang latin. Alors on pourrait laisser sortir un peu la rage et dénoncer les injustices, gueuler? De temps en temps. Souvent. Quand on en a envie ? OK.

Bon, je reprendrai ça un autre jour. Il est 7 heures 31, j'ai un bain bouillant qui m'attend. Et après faut que je mange, que j'aille travailler.

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Marie [autrejournal.free.fr] a remis son journal en ligne. J'ai passé un dimanche subliminal dans le Chinatown. La vie est belle.

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