102. comme deux soupirs immobiles [bis]

Perceval

C'est printemps ! tout printemps où elle est,
Dans ses talles de sycomores,
Où Mardi est jeune et neuve :
Sa verdure est toute ocelée de rosée.
Là-bas, juste là ! Dans des matins embaumés,
Les jeunes chevreuils font pousser leurs bois,
Tout emmêlés dans les taillis de neuves pousses,
Où l'errant rouge-gorge joue, -- *

C'est pas ma faute à moi, si j'écris deux fois aujourd'hui dans ce journal, c'est la faute à la pluie. Non, c'est la faute à Perceval qui me tire par la main.

Et c'est la faute à l'amour. L'amour est une femme et elle écrit tout le temps. Elle écrit dans 101 positions, comme la page 101. Elle réécrit l'histoire de la création. L'histoire du monde. Elle réécrit la quête du Graal et plus encore : le corps délirant de l'amour écrit des obscénités.

Quand nous lisons, nous avons toujours envie de faire ce qui est écrit. C'est bien connu : ce n'est pas la littérature qui imite la vie, c'est la vie qui imite la littérature. Dans Cet amour-là, Yann Andrea écrit :

J'ai lu le premier livre d'elle [Duras] à Caen, cette ville où je suis étudiant en philosophie, la khâgne du lycée Malherbe. C'était Les petits chevaux. Le livre était dans l'appartement où je vivais avec Christine B.et Bénédicte L. Le livre devait appartenir à Bénédicte. Je l'ai lu par hasard. Il était là, par terre, dans le fouillis des livres. C'est une sorte de coup de foudre. On a commencé à boire des bitter Campari. Je ne voulais boire que ça. À Caen, dans les bistrots, ce n'était pas facile de trouver des Campari.

Quand je lis, je bois ou je mange ce qui est là, dans le livre. Je peux aller très loin pour le trouver. Et je le fais. La vie se passe dans l'écrit qui me révèle ma propre sensibilité en me laissant entrevoir la sienne.

Je me demande si la véritable obscénité de l'écriture serait d'écrire des choses que personne n'aurait jamais envie de faire, d'imiter. Et encore. On dit que Godard a filmé des trucs basés sur l'Histoire de l'oeil.

L'écriture, pour être digne de porter ce nom se doit de dire des obscénités. Mais que raconte donc le savant Littré sur ce mot entouré de broche piquante ?

OBSCÉNITÉ : Défaut de ce qui est obscène. || Chose obscène. Dire des obscénités. On se mord la queue, on dirait. On est pas plus avancé. OK, je continue.

OBSCÈNE : Qui blesse ouvertement la pudeur. Un mot obscène. Peinture obscène. Alors, si j'ai bien compris, il faut aller voir la mot pudeur et me faire renvoyer ainsi de mot en mot jusqu'à la tour de Babel, peut-être ? Pas envie de ça ce soir.

Après tout, c'est la semaine des quatre jeudis. Et c'est une semaine enivrante qui finira jamais. Je le sais.

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* Extrait d'un poème de Melville traduit par Michel Garneau et cité par VLB, dans Monsieur Melville, Lecture-fiction, Les Éditions Trois-Pistoles.

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