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Je serai toujours là pour toi, disait-il. Et puis il s'en allait toujours.

Combien de fois m'a-t-il dit ça ? Chaque fois, presque chaque fois qu'on se voyait. Même si je ne lui demandais rien, cela me rassurait, j'en avais besoin. Mais moi je savais que je ne pouvais lui dire : je serai toujours là pour toi.

Dès notre premier contact, peau contre peau, mon corps savait déjà que je ne serais pas toujours là pour lui. Pourtant je l'aimais, mais je ne disais rien. Je disais : je suis là. Je suis là. Et ça lui faisait du bien.

Je pense encore à ces mots-là, si tendrement rassurants. Des mots qui n'ont pas la froideur des dieux grecs. Et son corps était si chaud.

Inéluctablement, tendrement, je conjuguais le verbe être au présent. Je disais : je suis là pour toi. Et puis je l'ai quitté.

[...]

Je l'ai quitté pour un autre à qui je disais je serai toujours là pour toi. Et lui, il ne disait rien et cela me désespérait. J'aurais voulu savoir s'il m'aimait inconditionnellement et s'il serait toujours là pour moi mais il se taisait. Muet.

Et puis il m'a quittée. J'en fus ébranlée jusqu'au plus profond de mon être. J'avais besoin qu'il soit toujours là, pour moi, avec moi, et moi j'aurais été toujours là pour lui.

Après la rupture, il ne disait même pas : je suis là pour toi. Mais il était toujours là, si loin, froid comme une pierre.

Ce matin, il était là, dans ma maison, assis à la table. Bourru comme un vieil ours mal léché, les mots lui sortant de la bouche comme d'une mitraillette rouillée. Mais il était là, avec ce masque froid comme de la pierre.

Quinze ans plus tard, et sans jamais l'avoir dit, il est toujours là pour moi.

Et même si à son contact, peau contre peau, j'ai terriblement froid, je serai toujours là pour lui.