Épiphanie, page 8. J'aime pas trop le passage où la fille au visage de poupée, celle qui regardait la mer à la page 33 se prend une grande claque sur la gueule.

Disons que la violence au début d'un roman et surtout au début d'une histoire d'amour ça risque de pas avoir l'air trop trop crédible. La fille s'était laissé convaincre par son beau parleur que la vie à deux serait délicieuse et qu'il ferait tout pour la rendre heureuse et blablabla. Foutaises ! Je savais ce qui l'attendait, mais fallait bien que je l'écrive ce petit drame pour roman arlequin. Je me disais c'est son histoire à elle, pas la mienne, qu'elle se débrouille avec ses choix.

Mais pourquoi je l'ai écrit alors que je savais trop bien ce qui arriverait ? Moi, je croirais aux illusions que j'invente ? Je ne sais pas.

La poupée au visage trop blanc, j'écris son histoire, mais je ne peux pas empêcher ce qui doit arriver d'arriver : une jeune femme douce se fait écrabouiller par un gars qui se prend pour un prophète. Aïe.

À moins que je réécrive tout et que je tire les ficelles autrement et que ce soit elle qui envoie le type rouler au tapis. Mais c'est un peu délicat.

Je ferais peut-être tout aussi bien de faire comme si elle avait inventé toute cette histoire parce qu'elle est grosse et moche et qu'elle a peur de sortir. Elle s'inventerait un amoureux et elle parlerait toute seule dans son bain et caetera...

Beurk. J'en ai marre des tourments amoureux, j'aime pas trop écrire ça. C'est toujours pareil que ça se termine. C'est à qui écraserait l'autre. Je me le jure, je me le promets cette fois, on ne m'y reprendra plus dans des histoires de ce genre. Never.

Je dis même pas Next parce que the next one aura pas la chance de sortir son violon dans le livre. Qu'on laisse la poupée toute seule un peu, ça pourra pas lui faire de mal. Avoir des amants, un deux ou trois, ok. Mais la grande romance qui la bouffe sous prétexte de la révéler à soi-même, j'y crois pas beaucoup.

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Me voici de retour au bercail et ça coince avec la page 8.

Ça coince et j'ai une sinusite du diable. Et de la fièvre, 39,8 à matin. Je grelotte. J'ai mis mes bas de laine gris, mon grand châle noir en laine du pays. Et j'ai plus de café.

Et en plus, j'ai fait des cauchemars toute la nuit. Une histoire de départ et de trains. J'étais à la Gare de Lyon et j'attendais mon train et ça ne marchait pas. Je n'arrivais pas à partir. Soit que le départ annoncé changeait au dernier moment ou que le train arrivait tout brulé comme le train d'hier, en Égypte, pareil.

Ou bien j'arrivais et on disait que c'était pas le bon train, qu'il se rendait pas à Montréal ou qu'il était plein de monde, qu'il ne restait plus de place pour moi. C'est fou ça.

J'ai vu une scène un peu semblable l'autre jour. J'étais dans le train Marseille-Paris et une femme est montée. Elle voulait le siège d'un monsieur et lui, il disait que c'était sa place à lui. Alors elle s'est mise à se chercher une place. Bien évidemment, toutes les places étaient prises et la femme avait un petit chien dans les bras et tout le monde faisait des guilis guilis au petit chien qui avait plein de poils dans les yeux. C'est débile comme histoire.

La femme a engagé une conversation avec un homme derrière moi au sujet du chien. Pas longtemps après, le contrôleur est passé et elle s'est mise à se lamenter parce que son billet avait été émis pour le lendemain et qu'elle ne s'en était pas aperçue. Elle a fait toute une histoire et finalement, ils lui ont trouvé un siège et elle a pu s'asseoir.

Je pense que je devrais retourner à l'autofiction, finalement. La réalité est parfois meilleure que ce que j'invente. À moins d'écrire une fausse autofiction ? Si je fais ça, j'ai peur que ça ait l'air trop vrai, on sait jamais.

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La photo, c'est pas une cathédrale, c'est juste un petit coin du plafond de la Gare de Lyon... une place pour attendre le train.