38. pourquoi je ne m'ennuie jamais

une autre bernache de Claquin

Epiphanie, page 3 :

Une poupée à la peau trop blanche passe des nuits grises à avoir le frisson dans les bras d'un demi-fou qui écrit des trucs savants et qui refuse d'attendre dans des chambres obscures que les esprits cachés dans des objets magiques lui apparaissent. »

Cette phrase est beaucoup trop longue mais tant pis, je continue :

Une poupée à la peau trop blanche presque aussi nacrée que l'intérieur d'un coquillage discute avec des esprits pendant que son esprit la fuit à tout jamais. Fuite du point du jour, il est trop tard et elle s'ennuit profondément dans l'oeil de la nuit enveloppée dans une serviette éponge bleue avec des étoiles jaunes.

Je n'y arriverai jamais. Je ne connais pas cette poupée. C'est dur d'imaginer des personnes qui n'existent pas. Pourtant je l'ai vue hier sur la plage, elle était parfaitement immobile dans son tailleur marine. Toute droite, elle regardait au large en se désolant de l'absence du vent. Elle a dit le vent dans ce drap blanc, j'ai besoin du vent et ici il n'y en a pas. On ne peut pas vivre sans vent, dit-elle.

J'ai si peur de parler d'elle, pourtant j'ai tellement besoin d'écrire ce visage à la peau trop blanche. Je n'y arrive pas.

Pour m'amuser j'écris :

Un demi-fou qui écrit des trucs savants s'ennuie dans la salle de bain en chantant Carmen il meurt dans les bras de Marilou. Derrière l'immense baignoire, l'eau jaune glisse en pleurant sur le mur de porcelaine bleu.

Il est treize heures onze et les histoires que je me raconte ne m'amusent pas. Je fais cuire un poulet. Le poulet ne m'amuse pas. Je sais pourquoi je ne m'ennuie jamais.

Le truc pour pas s'ennuyer c'est d'ennuyer les autres en babillant jusqu'à ce que quelqu'un dise : finira-t-elle un jour par se taire ?

Haut de page