30. les mots empêchent le silence de parler

Shinsui : Femme devant le miroir

Si à un miroir après l'autre,
Je demande si tout est bien,
Ce n'est pas par vanité :
Je cherche le visage que j'avais
Avant que le monde ne soit fait.

W.B. Yeats : A Woman Young and Old

Dans cette ville, sur la rue, dans les autobus, le métro, les parcs, partout, il y a des tas de gens qui parlent tout seul. Certains marmonnent et leur bla bla est une sorte de bourdonnement incessant, on ne comprend rien, mais d'autres, on comprend très bien ce qu'ils se disent.

Le plus souvent, ils font une narration toute simple de ce qu'ils sont en train de faire ou de voir comme : « oui, voilà, c'est ça, je pense que je vais rentrer chez moi », ou encore :

« qu'est-ce qu'al'a çallâ là à m'argârder comme ça, chu pas à vendre ».

En fin de compte, c'est une sorte de journal, mais un journal parlé, ou audio, si on préfère.

Aveu d'un fantasme facile : comme ces gens sur la rue ont l'air d'avoir la parole facile, je me dis à moi-même qu' « ils auraient de la gueule sur le web ». Tiens, ils sont pareils à quelques diaristes populaires : certains marmonnent et leur bla bla est une sorte de bourdonnement incessant, sorte de jargon incompréhensible ; mais d'autres, on comprend très bien ce qu'ils disent.

Se parler, ou écrire pour soi-même est-il un acte de parole, une tentative de communication ? Si l'émetteur du message est aussi le récepteur, s'il connaît son contenu, pourquoi se le transmettre à soi-même ? Qui c'est qui a écrit : « les mots empêchent le silence de parler » ?

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