5. et le blanc de la neige qui vibre, silencieuse

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Est-ce vain qu'on raconte que jadis, dans la plainte chantée pour Linos,

une musique audacieuse, la première, traversa la rêche fixité,

et qu'alors seulement, dans l'espace effrayé, d'où soudain s'échappait

pour toujours un jeune homme quasi divin, le vide se mit à vibrer,

de cette vibration qui maintenant nous emporte, nous console, nous aide.

[Rainer Maria Rilke :Les Élégies de Duino]

Quand je lis la première des Élégies de Duino, je pense à la neige, au silence de la neige.

Ce silence n'est pas un silence ordinaire. C'est une sorte de musique, une vibration.

Mais la neige commence à vibrer bien avant le moment de sa chute. Elle vibre quand je l'attends, parfois fiévreusement, des jours durant. Je sais cela sans doute à cause de ce que Rilke écrit : « et que le vide se mit à vibrer ».

Je sais maintenant que la neige vibre et je le dois à Rilke. Avant de lire, je ressentais seulement, c'est pas pareil. Et puis c'est peut-être pareil. Dire, ressentir, qu'est-ce qui arrive en premier ?

Lorsque la neige tombe, je perçois le vide et ses vibrations des heures et de jours avant. Physiquement.

En outre, le vide du silence et des vibrations de la neige est fait d'enchantement et aussi d'une certaine souffrance. Et à cause de cela, le vide de la neige est le vide le plus plein, le plus musical qui puisse exister.

Cela rejoint en moi un rêve infantile dont je me réveille quand je suis en contact avec le monde. Je me sens parfois comme cette assiette décrite par Fitzgerald : une assiette avec une petite fêlure dedans.

Et dans laquelle je pourrai mettre les biscuits du père noël, à minuit, pour continuer de rêver.

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