263. l'amour zigzague

14h35 :
Hier. J'ai répété à Jack que je ne veux plus soufrir de l'absence, j'ai dit que je n'irais pas vivre là-bas. Je dois être folle. Je rupture une fois de plus. Il dit que je délire. Je maintiens que non. Et peut-être que oui, peut-être que je délire. Qui sait. Je l'ai déjà dit cent fois pourquoi. Mes raisons, il ne les reconnaît pas comme valables. Ça l'enrage. On a fait le tour de la question cent fois.

15h48 :
Toujours hier. Quelqu'un pourrait-il me dire si j'ai tort ? Est-ce que vraiment, je délire ? J'affirmais que non. Que si l'amour fait souffrir c'est qu'il est destructeur, et que je ne peux pas me laisser faire ça : pleurer tout le temps, errer. Et puis quand je raccroche le téléphone, voilà que je me pose la question. Tu délires, Script ? Oui ou non, tu délires ? Comment se fait-il que tu sois incapable de supporter l'absence. Comment se fait-il qu'il soit si raisonnable, lui, et que toi, tu sois comme un oiseau blessé qui a besoin d'une grande chaleur, une chaleur que l'océan entre vous deux transforme en glaçon ?

16h06 :
Toujours hier. Retour à la case départ. Que faire ? Faire ce que je fais chaque fois que rien ne va plus. Ouvrir un de mes livres. Tout ce que j'ai. Mes livres. Herman Broch ou Rilke ? On s'en fiche ? Pas moi, justement. Pas moi.

01h23 :
La nuit dernière. Cauchemar. Je me réveille les yeux pleins d'eau. J'ai chaud ? Me lever. Me passer de l'eau froide dans la figure. Éteindre la bougie. Enfiler un pyjama. Gestes mécaniques. Faut que je dorme une bonne nuit. Faut que je dorme.

08h23 :
J'ouvre Outlook. Je trouve un message de Lina : « Moi aussi j'aime écrire mais le plus souvent je veux des yeux pour qu'on me lise, quand je les sens, je veux savoir quelles sont leurs réactions et si ils peuvent m'aider, mais ces yeux je veux aussi qu'ils me répondent, je pense que j'en demande trop alors je continue à écrire et le jour où j'aurai trouvé les yeux ou les oreilles qui m'écouteront ou me liront peut-être serai-je heureuse ? En fait j'en sais rien, je pense que je serai comme toi, ou peut-être le suis-je déjà et que je ne m'en aperçois pas ? A force que le Malheur ne nous visite plus, on le cherche désespérément, quitte à ce que l'on croit qu'il est là, alors qu'en fait si l'on regarde autour de nous on comprend qu'il n'est pas là, peut-être est-ce le bonheur qui est présent mais comme il ne se fait pas remarquer on finit par croire qu'il n'est pas là. [...] »

09h29 :
Je médite les mots de Lina. Puis j'ai envie d'écrire les choses futiles, inutiles. Et continuer de relire Mallarmé. Petit-déjeuner dans une maison vide : deux gaufres avec du sirop d'érable. Du café noir amer et sucré. Les mots de Lina ont mis dans mes oreilles une chanson de Michel Rivard. Je l'entends qui la chante jusque dans mon coeur. L'âme se laisse toucher. Où j'ai mis le cd ? Je cherche partout. Je trouve pas le «Maudit bonheur». Où se cache-t-il ? J'ai beau chercher. Dans cette maison, j'ai pas de moteur de recherche pour faire le tracking des mots et des choses que je perds. J'écoute Échappé belle à la place. Cette musique-là, un samedi matin, c'est pas évident que ça me laissera en bon état pour finir la journée... tant pis. J'ai plus envie de chercher «Maudit bonheur» ici. Ils doivent bien avoir les paroles sur Google. Je tape les mots + lyrics. Rien. Paroles ? Yes. Délire lyrique. L'extraordinaire melting pot de Google me trouve ça. Merci la vie.

MAUDIT BONHEUR

tiens, v'là l'bonheur
où c'est qu't'étais ?
maudit sans-coeur
où tu t'cachais ?
j'ai manqué d'veine
tu t'es poussé
là tu t'ramènes
le bout du nez
tiens, v'là l'bonheur
tout pomponné
penses-tu qu'astheure
j'vais t'écouter ?
sacré voleur
tu m'as floué
là tu reviens
t'faire pardonner
dans un creux d'vague
l'amour zigzague
l'âme divague
le coeur prend l'eau
t'as eu la chienne
j'ai eu d'la peine
maudit bonheur
t'as eu ma peau
tiens, v'là l'bonheur
pourquoi tu m'colles ?
en quel honneur ?
t'as pas d'parole
maudit menteur
insiste pas
j'pourrais te suivre
encore une fois
tiens, v'là l'bonheur
tu sens bien bon
j'connais l'odeur
c'est son parfum non
méchant farceur
qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
t'es d'bonne humeur
moi j'me méfie
dans un creux d'vague
l'amour zigzague
l'âme divague
le coeur prend l'eau
t'as eu la chienne
j'ai eu d'la peine
maudit bonheur
t'as eu ma peau
maudit bonheur
qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
si elle me cherche
je suis ici

Michel Rivard [http://www.audiogram.com/artistes/rivard/rivard.htm]

12h29 :
Je suis contente, j'ai enfin retrouvé le cd. Je peux enfin écouter et lire en même temps.

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