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J'ai dormi avec un bougeoir allumé près de mon lit. Ça m'a fait du bien. C'était comme coucher à la belle étoile.

Cette nuit, la flamme de la bougie était la seule forme de vie sur cette terre qui pouvait me porter secours : elle vascillait et brillait dans le noir. Cela me rassurait.

Et depuis ce matin, je la laisse encore brûler. C'est ma source de courage pour quitter ce qui ne m'apporte que des larmes et orienter ma vie vers ce qui me réchauffe et me fait du bien. Je refuse l'éloignement. Alors si on veut me prêcher la raison et la patience et de prendre mon temps, je dis que je refuse de subir.

Si je me sens mal, que j'ai besoin de quelqu'un et que cette personne n'est pas là, ce n'est pas possible. J'allume des bougies en plein jour. Je pleure. Pour que ça aille mieux, il faut que j'essaie de m'en sortir toute seule par mes propres moyens. Et on voudra me faire croire après ça qu'on peut être présent à distance et que c'est l'amour même de loin qui nous aide à vivre ? Si on ne peut même pas s'aider quand ça va mal, cela ne sert à rien de parler d'amour. On ne fait que vivre à petit feu.

Oui, Script va pas trop bien mais elle va quand même un peu mieux qu'hier soir. Elle ne pleure plus (pas tout le temps). Je pense à la rupture, j'y pense souvent depuis quelques jours et je n'aime pas ça. Je sais que je suis trop lâche pour passer à l'acte. Lâche. Et puis l'idée s'en va et je cherche des moyens de vivre mieux. Je fais des listes de choses à faire et je ne les fais pas. Je me demande à quoi ça me sert de vivre pour toujours être toute seule. Je devrais me consacrer uniquement à aimer et faire des choses pour les personnes qui sont proches autour, ici. Seulement ça. Je passe du découragement à la colère. Contre moi, contre lui. Contre l'ex. Contre la vie qui semble m'avoir condamnée à manquer d'amour.

Oui, Script est en colère et elle se bat contre ce qui ne marche pas. Contre des moulins à vent. Comme Don Quichotte. Contre le fait de raconter ce que je pense et fais dans des mails et au téléphone au lieu de vivre avec l'homme que j'aime. Pourquoi j'ai choisi quelqu'un qui est loin? Au fond, est-ce parce que je ne veux pas moi non plus rien changer à ma vie, comme lui? On serait deux rêveurs qui ne seraient pas capables de vivre leurs rêves et qui se projetteraient dans un futur hypothétique en vivant un présent archi nul ?

Oui, Jack a son mot à dire lui aussi. Bon OK. Bien. Mais quoi ? Script pense à la rupture ? Tu penses que je suis loin ? C'est exact et c'est pas peu dire, loin. Mais je me demande bien ce qu'on va faire maintenant qu'on sait qu'on ne veut pas être loins. Jack a besoin de force pour tordre le cou au destin. Jack est là. Pas si loin en fait, quand on regarde. J'ai le bras long.

Hier soir, j'ai mis la même chanson en boucle, tout le temps. Je suis entré en transe et je n'ai plus décollé de mon nuage. Oui, ça fait écho à la petite flamme de Script. Oui. Ça a duré toute la nuit dans ma tête, presque toute la tête dans ma nuit. Ce matin, j'ai rallumé la même. Chanson. Pas flamme, chanson.

Je ne pleure jamais ou si peu. Comment ça se fait ? Quand ça va mal je me force à aller bien. Je suis fort à ce jeu là. Mais je ne peux pas forcer la femme que j'aime à aller bien quand elle va mal. Aider c'est pas forcer. Aider c'est porter, essuyer, parler, regarder, comprendre, donner, écouter, serrer. Mais moi, d'ici, je n'ai qu'une alternative : absorber sa colère dans mon moulin à conversion pour en faire de la bonne énergie de première qualité. Hors de prix cette énergie-là.

On a pas le temps de se demander où la place se trouve parce qu'on fait sa place à coup de marteau sur le coin de la forge. J'ai de la difficulté à perdre le contrôle de moi-même quand je voudrais quelque chose qui m'échappe. En fait, c'est peut être parce que je sais que je ne suis pas du tout seul et que la vie glisse dans le bon sens tout doucement. La vie ne tombe pas comme on lance un ordinateur par la fenêtre. Non, ça se pousse comme on emmène des moutons dans un coin de montagne. On peut pas aller plus vite que le troupeau. Et en tant que berger, je crois même qu'il faut prendre le temps de regarder le paysage en montant. Oh ! qu'c'est haut !