Torii Kotondo : Make up

Le feu de cheminée a brûlé toute la nuit. J'entends les quelques notes qui tombent du piano. Les mots qu'il prononce tout bas chantent dans ma tête. Il a chanté toute la nuit. J'aime. J'ai envie de repartir. Rejoindre Jack là-bas. Vivre quelque temps à Poetic Island. Pour vrai.

Je veux des images nouvelles. Des fleurs ont poussé dans les images de vortex qui a fini par s'aspirer lui-même. Je colle des fleurs empruntées à une vieille estampe japonaise. Le rouge veut prendre sa place. Give peace a chance.

Le samedi 3 novembre, 10 heures et quart du matin,
Aujourd'hui, je peindrai des fleurs rouges sur un vieux coffre en bois. J'irai dehors. Quoi faire : marcher, regarder, écouter et sentir, donner. Aimer. J'écrirai plusieurs pages sur la peur et peut-être même un essai. Encore et toujours penser à la peur avouée. Démystifier. Arracher l'écorce. Éplucher les phrases une par une. Ne pas lâcher, ne pas céder.

Écrire sur le tabou de dire la peur. De quoi elle est faite. Comment elle vous empêche de dormir et comment elle vous réveille en pleine nuit, sans raison apparente. On ne sait même pas qu'elle est là, la première fois. Elle pousse, rouge comme les fleurs et le sang sur la neige. Sur le blanc des draps. La grande beauté de la peur-fleur. Je continue.

Je ne peux que témoigner de ce monde en folie en train de déraper. Témoin de sa beauté tragique. Le 11 septembre 2001, j'avais peur, oui, mais pas pour moi. J'avais beaucoup plus peur les jours avant, ce journal en est la preuve. Témoin. Mais je ne savais pas exactement pourquoi j'avais peur... je sentais ce qui se tramait dans l'ombre ? Je ne sais pas. Non, je ne savais rien. Je ressentais.

La peur ? Je regarde le monde se débattre avec la vie et je trouve ça beau. La peur, je la trouve belle. Pas peur des vous. La vie est belle à en mourir. Et vous. Si beau. Quand vous écrivez, c'est encore plus beau. Les mots sont tout ce que nous avons, tout ce qui nous reste et nous unit.