225. aide-moi petit dragon

Goyo : Beauty applying make up

Mercredi matin, 7 h 23, je me suis réveillée à cause d'un cauchemar terrible, trop triste. Je me suis levée, encore perdue dans la brume du sommeil. En ouvrant le premier mail de Jack, j'ai craqué. Il m'avoue avoir pleuré une demi-heure avant de s'endormir hier soir. Ça me casse en deux de lire ça. Qu'allons-nous devenir ?

Il faut que j'écrive au moins une page de journal. Comment faire ? Recommencer à taper le mot à mot, doucement. Le reste suivra. Prendre le dessus, faire le café. Lui écrire plus longuement tout à l'heure. Il demande comment ça été pour moi hier soir.

Hier soir ? J'étais assez calme. C'est étrange. Il m'a téléphoné. C'était bon. Vers la fin, j'ai pleuré parce qu'on a parlé de Noël. L'idée que je serai sans lui aux Fêtes me paralyse. Ça me tue. Après les larmes au téléphone, je me suis vite calmée. J'ai fait une grosse marmite de soupe aux légumes (c'est malin : j'en ai pour trois semaines au moins). J'ai pensé que tout s'arrangerait, qu'on trouverait un moyen d'être ensemble et j'ai arrêté de penser que peut-être il ne voudrait plus de moi un jour. Ça, c'est la première étape avant la fuite. Je l'ai évitée. J'ai écrit. Puis r. est venu et on a mangé ensemble et après il a réparé sa bicyclette et puis j'aurais bien aimé qu'il dorme ici mais bon, il est parti coucher chez d. et j'ai regardé la télé jusqu'à presque onze heures. Ensuite j'ai refait le lit et ça sentait bon parce que j'avais mis le drap et la housse de couette à sécher dehors, au soleil. Seule dans ce lit, j'ai lu et écrit. Étrangement calme. Et c'est ce cauchemar au matin qui m'a rappelé combien triste je suis. La peine est tellement forte que je ne sais pas y faire face. Et je vis l'absence de J comme un abandon total. Comme si la vie elle-même voulait me quitter. Le café ne goûte rien. Je retourne tout de suite me cacher au fond de mon lit. Je n'ai aucune force pour affronter cette journée. Que la vie me pardonne.

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– Aide-moi petit dragon, aide-moi.

Ne devenons pas folle. Vers 10 heures ou un peu plus, je sors de mon lit. Folle ? Folle amoureuse. C'est troublant. Des bisous pour Jack. Partir. J'écris. Je dis n'arrête pas d'écrire. Va.

Travailler, travailler. Faut s'en sortir. Les objets dorment. Ils ronflent. Travailler avec acharnement sur les nouveaux projets et les autres. Ça va aller, ça va rouler. Rouler.

Ça m'a fait du bien de re-dormir un peu. En me couchant, j'ai pleuré en pensant à ce que Jack m'avait écrit. Il disait : « la fatigue m'a terrassé et oui j'ai pleuré pour faire sortir ma douleur de l'absence. Comme si le corps criait qu'il a mal de la distance. C'est ça que j'ai senti. » Moi aussi j'ai pleuré et j'ai ressenti que c'est le corps qui souffre et qui veut pleurer. Il a mal, très mal de se retrouver tout seul. C'est vrai, c'est le corps qui a mal de l'absence, de la distance, il veut crier. L'esprit est plus raisonnable, il se domine. Je sais bien que J. ne m'abandonne pas. C'est tout le contraire. Je le sais. Je ferme les yeux et je laisse mourir le sentiment d'abandon, il est parti. C'est à cause du cauchemar. La paix est revenue et j'ai pu dormir. Je suis bien dans mon lit. C'est presque indécent de se sentir aussi bien, confortable. Tant de douceur.

M. aussi m'a écrit. Si délicate, comme une pervenche. Je veux lui répondre et à son mail d'hier. J'ai trop mal pour faire une page de journal.

Jack a envie de prendre soin de moi. J'ai envie de prendre soin de lui aussi. Plus qu'envie, j'en ai besoin. On fait ça comment, de si loin ?

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