panier de patates

Le vieil érable plus grand que la maison est toujours là, devant ma fenêtre. Cet arbre pourrait écrire ma vie. Ou mon journal ? Possible. Plus orange que vert, il perd ses feuilles. À l'été 2000, j'avais planté des pommes de terre tout autour de son tronc. Ç'avait porté fruits.

J'avais pu récolter, un plein panier de petits tubercules à la chair tendre. Cette année, j'ai mis des fleurs à la place. Je préfère les patates.

L'érable a changé. Il n'est plus le même. Serait-ce moi qui ai changé ? J'ai tous mes livres bien rangés sur les tablettes de la bibliothèque, ou empilés sur des tables ici et là dans la maison. Je n'ai qu'à tendre la main droite et j'ouvre Cioran, Rilke, Proust. Mais depuis quelques semaines, je ne le fais pas. Vertiges. Nausées. Je m'acharne sur ma vie. Sur mes projets d'écriture en chantier. Je ne lis plus que E.H. Il faut que j'avance, que j'écrive encore plus. Une page de roman, un poème et une nouvelle chaque jour, plus les cahiers et ce journal online. Et un nouveau projet qui se rajoute. Un superbe projet lumineux. J'en parle bientôt ici. Promis.

Je voudrais dormir toute la journée. Je ne peux pas. J'aime trop l'automne et la pluie. Les percées de soleil et le froid qui arrive. Hier, j'ai rentré les plantes qui commençaient à souffrir du froid. Je me demande si j'accorde trop de place à ma vie intérieure, si je suis trop intense, à la limite de l'humainement supportable, pour moi et pour Jack. Quelque chose est en train de se tendre. D'éclater. Tout pour le jour qui passe. Rien pour demain. Je ne sais pas ce que je vivrai demain. Je ne sais pas si je vivrai demain. Un seul jour, une seule heure sont parfois si pleins et bons qu'ils valent une vie entière.

Et pourtant chacun de ces états extrêmes passe et s'ouvre sur d'autres. Chaque moment de ma vie est ouvert et arrondi. Je crois marcher sur une route sinueuse en forme de spirale. Infiniment plus proche de la patate qui tombe en bas du panier et se met à rouler par terre, heureuse de s'échapper du lot.