198. au pied du lit

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Le grand obstacle, c'est toujours la représentation et non la réalité. La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance, toutes les difficultés qui s'y attachent - on la prend en charge, on la hisse sur ses épaules et c'est en la portant que l'on accroît son endurance.

Mais la représentation de la souffrance - qui n'est pas la souffrance, car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse - il faut la briser. Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles, on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces, et l'on devient capable de supporter la souffrance réelle, dans sa propre vie et dans celle de l'humanité... Je ne pense plus en termes de projets ou de risques; advienne que pourra, et tout sera bien. [Etty Hillesum]

Ce matin, j'ai oublié de me lever. J'ai regardé l'heure : midi. Midi, j'ai dit ? J'ai dix midis qui vont suivre celui-ci, alors, je peux bien le consacrer à dormir une heure de plus. J'ai allumé la radio et quelques personnes s'amusaient avec des mots. Le premier avait écrit un court texte de quelques phrases. Et les suivants reprenaient le texte du précédent en ajoutant entre chaque phrase une nouvelle phrase de sa composition. C'était une sombre histoire de meurtre entre 9h18 et 9h20, avec un étranglement, une programmation de machine à laver et la réalisation express d'un pot-au-feu maison. Tout ça en l'espace de deux minutes, ce qui a fini par laisser perplexe l'agent de police qui s'est pointé quelques phrases plus loin.

Qu'est-ce donc qui m'a fait bondir ainsi en dehors de mon lit ? À quel moment me lever devient si important que je ne décide pas consciemment de le faire ? Je ne suis pas mécanique, c'est-à-dire que je ne me retrouve jamais debout contre ma volonté. Non. J'intellectualise toujours le fait que je me lève avant d'agir car sinon, je reste allongée et j'attends. Ou bien je joue. J'ai des possibilités non négligeables même dans mon lit. Je tranche, je retouche du bout des doigts, du bout des lèvres ce qui peut mériter que je me lève et c'est certain, je trouve toujours en quelques secondes ce qui me jette par terre, au pied du lit. Et le chat aussi, il sait pourquoi il aime me voir au pied du lit. Fantasme absolu.

Ça grince dans l'univers aujourd'hui. Ça grince et je n'ai pas envie de balayer le cratère du salon. Pas l'temps. Aujourd'hui, j'ai fait pénitence dans la salle de bain et puis aussi, dans la cuisine, bref, ailleurs que dans mon bureau où le travail s'empile et veut m'avaler toute crue.

Les experts sont finalement passés ce matin voir le cratère. Ils n'ont pas fait de prélévements en fait, juste des « Tsss... Tsss... ». C'est grave ? Sir ? c'est grave ?? Encore deux grimaces pour me répondre. Je n'aime pas ça du tout. Ça n'a pas de sens. Finalement, j'ai décidé de les laisser faire leur job et j'ai voulu prendre un bain mais il y avait un tiers dans ma salle de bain. Il y a des jours, comme ce lundi 17 septembre 2001, où j'aurais juré que j'avais le pressentiment qu'il aurait mieux valu que je reste à dormir jusqu'à midi. J'ai ri. Moi ? Moi, dormir jusqu'à midi ?

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