195. notes sur la fin d'un été

poires

J'ai écrit toute la nuit dans ma tête. J'ai fait de la fièvre, j'ai « vu » une histoire pour un nouveau roman et les personnages sont là, bien présents. Ils ne sont même pas repartis avec la nuit.

Ce matin, j'ai voulu noter tout cela avant de l'oublier. Je n'avais pas une minute à perdre, je me disais qu'il fallait que je commence à écrire le livre ce matin, du moins que je mette des mots sur ces images qui ont défilé et parlé pour moi.

En fait, j'ai écrit depuis 7 heures et là je prends une petite pause pour écrire ce journal.

Cette nuit, ça été comme une sorte d'explosion, une révélation. Je voyais clairement des personnages et leurs actions, l'espace où ils étaient et ce qu'ils se disaient, ce qu'ils vivaient. On aurait dit que je me tournais un film mentalement, un vrai film. Parfois, un trou noir entre deux images et là, je me demandais s'il y aurait une suite. Mais ce n'était pas un rêve, parce que je ne dormais pas, je sommeillais un peu pendant les arrêts dans l'histoire. C'est étrange parce que j'étais en même temps consciente que c'est moi qui créais ces images et ces personnages, et je me disais, il faut dormir et puis non, je veux continuer, je veux découvrir la suite, que vont-ils pouvoir dire ou faire dans cette situation ? Comment vais-je écrire ceci et cela, dans quel chapitre mettre cette conversation, et par quelle séquence commencer le livre. Ouf, ça été un travail énorme. En même temps, je faisais une sorte de plan, des hypothèses, des choix. Et au travers de tout ça, Jack est venu en rêve. Je suis certaine oui puisque je me suis réveillée avec des tas de petits frissons dans les reins et l'envie de me rendormir tout de suite. Je me suis endormie. Au réveil, d'autre images étaient là et j'étais brûlante. Heureuse.

J'ai couru sous la douche pour faire baisser la température. Rien à faire, la douche était déjà occupée par un tiers. Je suis retournée me coucher en poussant un peu Jack qui finit toujours par prendre toute la place... J'ai fait sortir une à une les heures du matin avec un stylo et un cahier. Mais pourquoi fait-il si chaud ? Le téléphone n'a pas arrêté de sonner. Le chat grattait à la porte.

Il y a quelques heures, il était à peu près 19h. Je me demande où a bien pu passer tout ce temps. J'ai erré entre la chaise et le lit. Le frigo ? L'ai-je rencontré quelque part ? Juste avant, vers 21h30, j'ai mis un point d'honneur en éteignant la télévision qui ne faisait que se rallumer. J'ai bloqué le bouton en position off avec un point de colle, tenue de route impeccable. La musique va prendre le relais je pense et si je ne méfie pas, dans quelques minutes j'aurai tout ça sur le dos. Pour tout l'après-midi. Enfin, si je dois être ballotée par ma température intérieure, je crois bien qu'il va me falloir retourner jouir dans un recoin de mon lit, s'il reste de la place.

Poussez-vous mes rêves, poussez-vous mes envies ! J'ai de la place pour dix dans cette maison et dans mes mains, j'écris depuis 7 heures et déjà je sens que cette pause devient trop longue. Théo, mon personnage sonne à la porte. Dois-je débarrer ? Je vais l'écrire allant vers un parc ou une avenue. Un restaurant chinois ? Pourquoi pas un restaurant traditionnel pour changer ? C'est vrai ça, les restaurants, je les mets toujours un peu trop chinois à mon goût. Sauce africaine inconnue. Sir ? No... no... Ah... quel idiot ce Théo, il a oublié ses clefs. Acte manqué docteur Sigmünd ? Il se trompe toujours dans ses répliques, il saute des chapitres. Il ne peut plus rentrer et doit sonner pour qu'on lui ouvre. Il régresse ? Non pourtant, la maturité le ronge, c'est évident. C'est ça que je mets dans son profil psychologique. Docteur Sherlock, c'est moi non ? J'écris depuis 7h et il est 19h c'est ça ?

J'ai un nouveau message sur mon répondeur. Ça dit ceci: « Coucou, écoute, tant pis, je rappellerai tout à l'heure, c'était juste que je devais attendre le bus qui n'arrive pas. Il est presque 7h30 et je vais finir par être en retard au travail s'il n'arrive pas. Bon. Je te rappelle. Au fait, je suis passée en voiture devant chez toi et il y a un type qui tambourrine à ta porte. Tu as des ennemis ? Allez, bye... » J'ai appelé Érika tout de suite sur son téléphone portable. Ça m'a répondu ça: « Vous êtes bien au XXY ZZ YWX et je suis actuellement dans le bus dans un tunnel qui me paraît bien long. Je vous rappelle dès que possible. BIIP. » J'ai pas eu le courage de laisser un grand message: « Tu crois que c'est qui ce type ? » et puis j'ai raccroché. Je me suis demandé si on pouvait encore trouver, à Montréal, des ateliers de sièges éjectables ou qui vendent des catapultes et des béliers.

Je viens de me faire attraper. J'aurais pas dû écrire les rêves de mes fins de nuits. Voilà que ça le reprend. Il m'arrache du clavier. Je...

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