fleur_poilue.jpg

Je me lève à 6h37. La vie s'éveille autour de la maison. D'un geste mécanique, attirée par ce qui se passe dehors, j'attache les rideaux. Quelques nuages défilent, du même blanc cotonneux que la mousse de lait qui flottera bientôt sur mon bol de café. Atchoum !

L'air de septembre s'est à nouveau rempli de pollen, depuis hier, à cause de la température plus chaude qui adoucit la fin de l'été. Atchoum ! Les rayons du soleil diffusent les fines particules qui envahissent les moindres interstices et muqueuses qui s'extasient de picottements. À vos souhaits.

Un chien jappe, un enfant pleure pour avoir sa première tétée. Je sors sur le balcon, la lumière m'aveugle. Je lève la tête et je vois un écureuil noir courir comme un fou sur l'une des branches les plus hautes du vieil érable. Les feuilles commencent à passer du vert tendre à l'or orangé. Je lis Paoustovski : « Chaque instant, chaque mot, chaque regard jetés au hasard, chaque pensée profonde ou badine, chaque tressaillement à peine perceptible du coeur humain, de même que le duvet aérien des peupliers ou le feu d'une étoile dans une flaque d'eau nocturne, sont des grains de poussière d'or... Il est étonnant que personne ne se soit donné la peine d'observer comment, de ces grains de poussière, naît le flot vivant de la littérature...»

Dans la ruelle, les chats vont calmement à leurs affaires. Quelques femelles ont le ventre bas, elles s'allourdissent chaque jour depuis que je les ai entendues hurler de plaisir sous mes fenêtres, au début de l'été. Les chats ont l'air de faire une bonne vie, ils sont les rois de cette large ruelle. Ils campent un peu partout. Garf, mon chat ne se mêle pas à ceux-là. Il vit en ermite ici avec moi. La nuit, parfois, ses vieux instincts de chasseur le tourmentent et il galope à fond de train d'un bout à l'autre de l'appartement dans des allers et retours répétés. Il n'y a pourtant pas de petits gibiers dans cette maison. J'observe le chat. Les autres chats. Seront-ils plus beaux une fois que je les aurai écrits ? Hier, une guêpe volait autour de mes cheveux. Elle aurait pu avoir l'idée d'entrer là et ne plus pouvoir en ressortir. Je ris à cette pensée d'une guêpe empêtrée dans mes boucles. Je brosse. Atchoum !

Je pense à Poetic Island, à cet espace sacré qui m'inspire et qui vit en moi, dans me rêves, dans mes souvenirs de l'été et je m'endors au soleil en méditant la phrase de Sartre : « ...je rêve sur certains motifs esquissés par les choses, la réalité naturelle n'est plus qu'un prétexte à songeries. »

La matinée s'allonge. Un oiseau chante et me réveille. Dans ma tête, je fredonne encore une chanson entendue mercredi soir, une chanson de Marie Laforêt, je ne sais pas le titre. Les paroles m'obsèdent. Ça parle de l'enfance.