château en Espagne [en Écosse...]

Nuit de folie. Rêves bizarres, je ne me souviens plus de rien. Mal dormi à l'os. Mal au ventre. Beurk. La douleur se loge dans le creux des reins, juste à l'endroit du plaisir. Douleur sourde, tenace. Vampirique. La salope me tue à petit feu. Elle veut pas décrocher. Sacrer son camp. Pas question de me coucher. Pourquoi se blottir, se coller ? Du réconfort, un anti-douleur ? Il est 5 heures du matin. Y'a pas d'urgence à diariser des âneries.

– Écris, Script, écris.

Pourquoi ouvrir ce maudit journal à 5 heures du matin quand j'ai encore rien à écrire ? J'ai rien dans la tête. Rien qu'une énorme gigantesque envie de pleurer. C'est tout. Rien à écrire là-dessus. Rien à dire. Rien.

– Écris et pleure en même temps on s'en fout.

J'ai fait comme j'ai pu. Je suis retournée au lit. Ça va, j'ai imaginé qu'il était là et j'ai fermé les yeux. Le temps a passé et puis j'ai entendu le réveil. Je crois que j'ai dormi.

– Écris.

Non, je ne veux pas écrire - parler; je ne veux parler à personne. Si je le fais, je vais pleurer comme une madeleine et ce n'est pas bon. C'est juste une question d'hormones, ça va passer. Le café sera prêt dans quelques minutes. Je vais manger dans la cuisine et rester loin de l'ordi pour quelques heures. Et si c'était le dernier matin de ma vie ? Quand c'est ton dernier jour, ta dernière heure, le temps n'existe plus. Les mots n'ont plus de sens.

– Écris jusqu'à temps que tu sois tarie de mots pour ce matin.

Je sais bien, je sais que ce n'est pas le dernier matin. J'ai été si longtemps à me priver de l'essentiel que je ne supporte plus de savoir qu'il existe et que je m'en prive encore. J'ai eu cette pensée extrême, et je l'ai dite et voilà que je l'écris. Ce matin, je veux. Tous les matins, je veux.

Le café m'a fait du bien. Je crois que j'ai évité le déluge des larmes inutiles, je crois que je suis encore fâchée avec mon journal. Je ne sais pas pourquoi. Quand je sens que je n'ai rien à dire, à écrire, tout de suite après, j'ai envie d'écrire des mots qui choquent. Parler du sang qui a tout inondé mon lit cette nuit. Avoir envie de faire l'amour malgré le sang et d'en mettre partout pour me venger de la douleur. Apaiser le ventre qui souffre avec du plaisir. Libérer le flot qui reste coincé. Pourquoi ai-je de telles pensées ? Pourquoi je veux virer la planète terre à l'envers dans ce temps-là ?

– Écris.

Quelqu'un saurait-il pourquoi je ressens tout cela et les autres non ? Non. Personne ne sait rien. On s'en fout. On s'étourdit de conneries inutiles. J'ai mal et j'ai la nausée du monde insensible et méchant dans lequel je vis et qui veut noyer les êtres qui sont différents. Je suis fière d'être différente. Je n'ai pas honte du sang et de la souffrance.

Je devrais me taire à jamais et ne plus écrire un mot et laisser la terre tourner sans moi, je devrais me terrer et me taire. Vivre en ermite et ne parler à personne. Tout ce que je sais et qui me fait du bien c'est que je suis amoureuse. C'est la seule Vérité, la seule Beauté du monde. Cet hiver j'ai cru aimer P., mais ce n'était pas de l'amour, juste un pâle reflet. P. c'est personne finalement, une ombre sur un mur, une illusion qui m'a permis d'ouvrir les yeux sur mes vrais désirs.

– Écris jusqu'à temps que tu sois tarie de mots pour ce matin.

Alors j'ai envie d'écrire une page pleine de sang. Dessiner des pensées noires ou sanguinolantes, l'amour désir, la souffrance. Le journal n'est pas fait pour être toujours joyeux ou heureux. Ce matin, il respire dans ma douleur, dans mon sang. Je suis incapable d'écrire autrement que dans mes peines et mes envies.

– Écris.

Oui, mais j'ai trop envie de pleurer. Si je laisse aller et que j'écris, ça va être terrible, ça va faire mal. Je ne veux pas blesser et j'ai envie de le faire, de griffer, de gueuler. Pourquoi? Je ressens la rage et la révolte, je dis que ce n'est pas juste parce que Jack est loin. C'est plus profond que ça. Je crois que c'est à cause de l'amour que je sens cette rage-là. Je ne sais pas.

– Écris, on s'en fout que tu pleures.

J'ai fait comme je voulais. J'ai écrit cette page sans réfléchir, à partir de quelques mots et j'ai laissé monter le reste. Sans penser. Sans vouloir coller de belle image. Rien que du noir sur du blanc. Pourtant, une fois que j'ai fini d'écrire la page, je me dis que j'aimerais bien être dans un château en Écosse, perdue entre le vert de l'herbe et le bleu du ciel. Alors je collerai sur ma page 182 le château qui me fera rêver. Sir ? Yes, Sir !