170. le chant des grillons

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Nous avons beau pêcher des poissons, il faut bien sortir de temps en temps de l'ermitage pour aller chercher des provisions. La vie dans la nature, ça donne faim. Donc, hier, retour à la civilisation pour quelques heures.

Dans cette région du monde, même les villes et villages semblent des petits coins de paradis perdus où la vie éclate de partout sans être trop trépidante, alors tous les sens se mettent en éveil. Mille senteurs, mille saveurs nous enivrent : olives, huile d'olive, herbes fines, aïoli, pan bagnat, truffes, miel, nougat, sans oublier les vins et les fruits. Au marché, les gens sont volubiles et s'affairent dans un brouhaha général.

En revenant sur l'île, le chant des grillons se fait lancinant. C'est l'heure de la sieste.

Quand on dort, on sent que les insectes autour de nous sont en vie. Ils courent à leurs occupations et pour une fois, c'est nous, deux corps endormis, qui semblons étalés dans une vie contemplative et remplie d'inaction. Si je tourne la tête du côté de Jack, j'aperçois même parfois des convois de fourmis enragées qui tentent l'ascension d'une montagne d'aiguilles de pins, nacrées et résineuses. Je souris. Je souris parce que je me sens bien. Parce que ma vie est moins compliquée que celle d'une fourmi. Et quand je ferme les paupières, la fatigue me gagne et le chant des grillons me berce.

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