shetland

Je demande s'il y a un mot en Malécite équivalent à l'espagnol : mañana.

On me répond qu'il n'y a rien dans cette langue pour exprimer une telle urgence...

J'ai vu des centaines, des milliers d'oiseaux blancs survoler les eaux bleu glacé de l'océan. Toute la matinée, ils étaient là, cherchant un peu de nourriture, plongeant et replongeant dans les vagues pour trouver du poisson. Depuis deux heures, je suis allongée, immobile, dans le sable et je note ce que je vois. Je sais que je pourrais voir apparaître des baleines et des monstres marins [sic]. Ici, à Poetic Island, tout peut arriver; je n'ai qu'à me perdre dans le bleu du ciel et je vois l'infini, le non finito de la vie.

Parfois je me dis que je ne pourrai jamais revenir vivre à Montréal. Pourtant, il le faudra bien. Mais comment ferai-je pour quitter mon ermitage ? Je n'ai pas la force d'y penser aujourd'hui. J'ai encore de belles journées devant moi, autant en profiter et ne pas perdre mon temps à anticiper l'avenir. Et si mes voeux se réalisaient et que je pouvais vivre ici pour toujours ? Il vaut peut-être mieux que je ne rêve pas trop. Pourtant...

Phénomène étrange, mon corps réagit à ce nouvel environnement. Je crois qu'à mon insu, la nature façonne mon corps et mon esprit à son image. Je me couche et je dors quand le soleil se couche. Je me lève dès qu'il lance ses premiers rayons à travers les volets clos de la chapelle. Je me baigne toute nue dans la mer. Et quand je sors de l'eau, lorsqu'il fait chaud et comme il n'y a personne, je ne vois pas la nécessité de porter des vêtements alors je vis comme une sauvagesse. Je laisse mes cheveux en friche et je mange seulement quand j'ai faim, à n'importe quelle heure. Je ressens une telle liberté physique de ne faire qu'un avec la mer, la terre et le ciel, que mes pensées s'envolent et que je rêve encore plus qu'avant : je rêve de vivre toujours comme ça. Je pense à mon amour, je pense à Jack. Et je me demande si l'amour m'est venu parce que je consentais à l'abandon total, à la solitude et à la fusion avec la nature qui est en moi, ou si cet abandon total m'est inspiré par l'amour, la confiance et la sécurité que cet homme m'apporte en m'aimant comme il le fait.

Avant son départ, nous avons discuté de la condition des hommes et des femmes, et de la question de l'égalité entre les sexes. Nous voyons les choses de la même façon : une admiration totale qui touche la vénération pour l'autre sexe, et l'intime conviction qu'ensemble nous sommes plus forts.

coquillage doré