160. un coquillage vivant

Evelyn De Morgan : Port after stormy sea

Dure nuit. Au matin, j'ai trouvé un creux bien confortable dans un rocher et je me suis reposée auprès de mon ange blessé. À distance. Sa voix me parvenait de loin et apaisait les dernières violences de la tempête.

Si j'avais eu assez de forces, je me serais levée tout de suite et j'aurais ramassé les coquillages et autres débris charriés par la mer en furie, pour nettoyer la petite plage coincée entre les grosses roches froides et noires. Autour de moi, les objets faisaient semblant de rêver, j'ai dit o.k., et je me suis endormie. Je les ai laissés faire la fête et valser.

Puis, à mon réveil, tout avait été nettoyé. Il ne restait plus qu'un gros coquillage rose-jaune, énorme, qui se lovait autour de ma main droite. Il m'a dit d'aller me baigner dans la mer. J'y suis allée. Je me suis couchée sur le dos et je me suis laissé flotter et dériver longtemps, le regard perdu dans les nuages. Quand je flotte sur l'eau de la mer, sur le dos, je renais. Je refais me forces. J'en ai besoin pour être moi et maintenir ensemble les parties de moi. Pour consister et construire mon mur de protection.

Après, je reviens me coucher, épuisée, et je dors une partie de l'après-midi dans la chaleur de l'été. Ce soir, j'ai envie d'écrire alors que je suis presque morte de fatigue après la nuit à pleurer et la journée à flotter, à dormir et à parler avec S., sur la plage.

Je me rends bien compte que je peux être aussi folle qu'un coquillage vivant. À le regarder de près, nez à nez avec lui, tout près, on voit bien que le coquillage se moque et qu'il respire même s'il veut me faire croire qu'il ne sert qu'à écouter la mer.

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