96. des embryons de réponse

Je commence juste à trouver des embryons de réponse à la question de Cioran

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Je jongle encore avec la question de ce matin et à celle d'hier. Oui, j'imagine que j'ai le droit de me poser jusqu'à l'obsession cette question que C. a posée un jour. Parce que depuis que je l'ai lue, je sens que je n'ai plus tellement le choix. Je vis avec, je fais avec. Et ressasser mes obsessions ? Je n'ai plus trop le temps d'y penser non plus.

Hier j'ai soupé avec R. et N. dans un petit resto du Mile-End. J'aime ce quartier de la ville. A. dit que j'aime la misère, il dit que ce que je trouve beau ce ne sont que des décors raffistolés pour dissimuler les coquerelles et la grosse graisse malpropre des cuisines. Peut-être. Mais je m'y sentais bien. Illusion qu'il y reste encore un peu de « vrai » monde pas encore aseptisés, incolores et inodores de la tête aux pieds ? Je la conserverai le plus longtemps possible. Pendant ce temps-là, la ville change.

Aujourd'hui, vendredi, j'ai passé plus de sept heures sur l'affaire Porc-épic. Avec le soleil et la chaleur, ce travail a beau être plaisant, je suis tout le temps attirée par l'extérieur. Au moins, je peux travailler sur la terrasse, mais c'est dans les rues qu'il y a de la vie. Et je sors marcher le plus souvent possible.

Cette semaine, j'ai reçu quelques lettres de Jack. J'en ai écrit quelques unes aussi. Je voyais la correspondance courir et je me disais seigneur, je néglige ma Boîte aux lettres. En fin de compte, non, il ne s'agit pas de négligence, mais d'ajustements. C'est nouveau pour moi de publier une correspondance et je n'ai pas encore trouvé le rythme. Dans nos lettres, je ne sélectionne que l'intime publiable. Une partie de la correspondance demeurera offline.

Ce soir, je rattrapperai un peu de courrier en retard. En réponse à la lettre de Jack, publiée la 4 mai, Script avait écrit, derrière ce timbre :

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Je sais, ça fait un peu court, ce que j'ai écrit, mais avec Jack, c'est du tac au tac, depuis le début. Parfois c'est long, parfois c'est trois mots. Ou un seul mot [juré craché, c'est déjà arrivé]. On pourrait dire que notre cérémonial est sans cérémonies. Arf.

Ce n'est qu'après avoir expédié ce courriel, vendredi soir, que j'avais décidé de publier la première lettre de Jack dans mon journal. Il me semblait qu'elle y faisait écho, qu'elle y avait tout naturellement sa place. Alors j'ai « formaté » la lettre et je l'ai mise en ligne, sur du papier à lettre à fond bleu rempli d'étoiles et de petits sorciers. Puis, j'ai écrit un mot à Jack, seulement dimanche soir, m'imaginant qu'il était loin du net pendant tout le week end :

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Après, j'ai attendu. Pas de réponse lundi ? Il a pas dû avoir le temps de répondre. Pas grave.

Rien mardi ? Peut-être n'a-t-il pas apprécié de « se » voir dans mes pages ? Je me dis du calme, Lady A., Wait and see.

Mercredi matin arrive. Toujours rien. Je me demande si je devrais commencer à manger mes bas. Jeudi. je ne sais plus si j'espère encore quelque chose. Je prends mon bol de café au lait, j'ouvre Outlook, et voilà la lettre que je découvre :

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Après lecture, relecture et autres frivolités, je suis allé changer le papier à lettre avec des petits lutins [le papier cadeau] pour un style plus « à la Jack ». Voilà au moins une de mes quétaineries que la postérité ne verra pas. Et ensuite, je me suis mise à écrire une autre lettre à Jack. Que je publierai demain, avec le reste, car ce soir, il commence à se faire tard.

Oui, avec tout ça, je mange trop de chocolat, et un beau vendredi soir de mai se termine. Il pleut. Cette pluie me fait du bien.

Crédits poto du jour : de Paul Chivers, la Rivière Matawa.

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