Et il me reste encore quantité d'autres mots à autographier dans ce journal

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Lundi, juillet 1833

Madame,

Je suis obligé, madame, de vous faire le plus triste aveu : je monte la garde mardi prochain; tout autre jour de la semaine ou ce soir même, si vous étiez libre, je suis tout à vos ordres et reconnaissant des moments que vous voulez bien me sacrifier.

Votre maladie n'a rien de plaisant, quoique vous ayez envie d'en rire; il serait plus facile de vous couper une jambe que de vous guérir; malheureusement on n'a pas encore trouvé de cataplasme à poser sur le cœur. Ne regardez pas trop la lune, je vous en prie, et ne mourez pas avant que nous ayons exécuté ce beau projet de voyage dont nous avons parlé. Voyez quel égoïste je suis; vous dites que vous avez manqué d'aller dans l'autre monde; je ne sais vraiment pas trop ce que je fais dans celui-ci.

Tout à vous de cœur.

Alfred de Musset

[Lettre à George Sand]

Que cette lettre est belle ! J'aime la lire et la relire, imaginant que j'aurais aimé la recevoir, si j'avais écrit dans un autre siècle.

Mais, trêve de nostalgie, il reste encore beaucoup de travail à faire dans ce journal. J'ai à peu près fini de réviser et de mettre à jour les pages de l'hiver. Les choses progressent bien. Plusieurs petits détails à vérifier, si je veux être libérée de ces soucis dans les prochains mois. N'avoir à écrire que ma ou mes pages quotidiennes sans me préoccuper de l'aspect technique sera un vrai rêve. Mais il me faut encore plus de discipline.

À part les travaux de réfection du journal, ça baigne. Mon bananier grandit d'environ deux pouces par jour. Les géraniums et autres plantes à fleurs sont en effervescence. Mon travail sur Porc-Épic aussi.

Le printemps s'est longtemps fait attendre cette année, mais depuis qu'il est là chaque journée fait éclore un peu plus la vie, comme si c'était déjà l'été. Il fait soleil chaque jour, le temps est doux et on dirait vraiment que la vie s'est immobilisée sur la case douceur. Il ne m'en faut pas plus pour être heureuse. Un exemple ? un gros bourdon est entré dans la maison et il a butiné tout l'après-midi dans mon bureau. En ce moment, il est en train d'agoniser dans un coin du salon. Éphémère ? Peut-être est-il juste en train de s'endormir pour se reposer de sa bourdonnante journée de bourdon.