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J'ai très mal dormi. Je regrette d'avoir écrit hier le dernier post-scriptum. Pourtant, c'est ce que je pensais à ce moment-là.  Je sais reconnaître mes erreurs. Et j'ai fait une erreur en m'imaginant que je pourrais ne plus en parler.  Je ne peux pas tourner la page et ne plus écrire un mot là-dessus dans ce journal.

Alors j'écrirai que j'ai mal aussi longtemps que cela fera mal. Le journal va être plate, déprimant ? Ce n'est pas mon problème [non ?] Ce n'est que le problème du lecteur [non !!!]. Le lecteur de ce journal, celui qui y revient jour après jour, je crois qu'il préfère l'authenticité plutôt que le bluff ou le manque de sincérité. Quant aux lecteurs de passage, ils comprendront. Ou bien ils refermeront la page.  C'est leur premier droit. 

D'ici à ce que je me sente mieux en dedans, je veux juste mettre sur papier que j'ai mal. Qu'il me manque. C'est le seul thème qui mérite que je m'y attarde.  La poésie ne m'est plus d'aucun secours.  Je ne peux même plus jouer avec mes pauvres chenilles. Je ne peux plus rêver. Je ne trouve plus de fleur digne de figurer ici, sauf cette petite branche de lathyrus.

J'ai besoin de lui parler. De l'entendre. De lire ses lettres.  J'ai besoin de sa douceur. Qu'il me dise qu'il s'est trompé, que je me suis trompée. Qu'il ne m'a pas jetée comme une vieille chaussette trouée. Que je lui manque aussi.  J'ai besoin qu'il me dise qu'il s'ennuie de moi. Qu'il me confectionne une couverture de baisers avec les étoiles de neige. C'est peut-être pour ça qu'il tombe encore une petite neige très fine ce matin, 28 mars. Je n'ai jamais vu la neige rester aussi tard qu'à cette date. Pourquoi, si ce n'est pour moi ? 

Il faut que je continue d'écrire ce que je ressens. Ce matin, il m'apparaît clairement que c'est tout ce qui compte dans ma vie : cette peine. Plus fort que la peur d'en parler encore et encore.