Comment ? J'ose pas lui demander. Et vous?

Je sais, la question est d'actualité ce matin. La question se pose, donc. Mais le risque que je prends en la laissant s'emparer du sujet c'est que nous écrivions trois gros chapitres là-dessus aujourd'hui et que moi, et les lecteurs aussi, bien sûr, ne soyons pas plus avancés après ces fameux trois chapitres de lamentations. 

Alors? On le sait tous qu'une peine d'amour ça fait mal. Moi, j'ai pour mon dire que plus on en parle, plus on court le risque de s'apitoyer sur son triste sort. C'est comme ne pas en parler du tout d'ailleurs, ça produit l'effet inverse, on s'imagine que ça va aller sans avoir vidé la question. Au fond, ça revient à peu près au même. 

Alors j'ai le choix. Ou bien on s'étend sur le sujet, ou bien on nen parle plus. Peut-être même existe-t-il une troisième option, que je n'ai pas encore entrevue? Oui, on peut écrire, mais sur un autre sujet. Faire diversion, momentanément et y revenir après que la chose triste soit toute ramollie comme un fruit mûr.

Franchement, cette troisième option me plaît bien. Mais de quoi on parle alors? De température? Oui. J'adore parler de température. À première vue, il fait gris. Ça grisouille à plein à matin. Je me souviens d'avoir lu dans le journal de la Scribouilleuse que : c'est pas parce que t'as des larmes sur les joues que tu sens pas la pluie, ou quelque chose comme ça.  Ou était-ce plutôt le contraire? Quelqu'un s'en souvient-il de cette phrase? C'était il y a pas longtemps, quelques jours tout au plus. Une citation du genre : c'est pas parce qu'il pleut que tu sens pas les larmes sur tes joues... cela sonne-t-il mieux?  Aucune idée. Je ne comprends même pas ce que ça veut dire, mais j'ai aimé le mélange des deux pluies et j'ai retenu l'idée et la sacripante d'idée m'est restée, sauf que toute déformée. Alors je ne pourrai rien faire avec. Rien d'autre que de casser les oreilles de tout le monde avec ça. 

Bon, ne pas extrapoler, ne pas généraliser. Tout le monde, dans cet univers de diariste, c'est pas grand monde. Une mini mini pincée de sel en proportion de la population mondiale. Même pas une pincée de sel non plus, même pas un grain de sel. Autant dire presque personne. Même moi-même, je sais très bien que je suis personne. On l'a dit récemment. Je ne suis pas une femme ordinaire. Pas une petite fille ni une jeune fille non plus. Personne.  On est personne, nous, les diaristes. Faudra mettre ces derniers propos en perspective : c'est lundi matin. Il fait grisouillet. Mais doux. 

Mon bureau étant situé dans le fond du salon double, derrière les colonnes, la pièce s'est remplie hier d'amis fumeurs et amateurs de bière importée. J'aime pas cette odeur de mouffette et de taverne. J'ai la nausée puissance 10. C'est pas l'abus d'alcool. Je n'ai pris que quelques gorgées de vin à la santé des amis. Leur présence était rassurante. Les conversations ont porté sur tout sauf sur ma petite personne qui n'en est pas une. Avons-nous réussi une fois de plus à refaire le monde à notre image et à notre ressemblance? Je nous le souhaite ardemment. Ils ne savaient pas, pour mon Shâhryiâr-Tristan "virtuel"... Si je parlais de cette déception-là, ils m'interneraient. J'exagère à peine...

Là-dessus, je vous laisse, j'ai une grosse journée d'ouvrage qui m'attend. Et je laisserai la fenêtre ouverte toute la journée.   Fait doux comme au printemps. Pleut-il?