boire à la mélancolie

[00:32]. Hier, dimanche et encore une fois demain matin, je referai le trajet. C'était trop beau. Marcher sur l'avenue du Parc du sud au nord, puis du nord au sud en me laissant inonder de toute cette lumière glaciale, c'était trop beau. Vraiment.

Porte ouverte sur la poésie des mots proscrits, des mots interdits prononcés un par un. Dans le silence du froid immense qui piquait chacun de mes doigts de ses minuscules aiguilles aimantées. J'ajoutais ainsi des milliers de perles à la débordante rosée matinale, plus belle parce que montréale. 

Ainsi, je ne serai plus qu'une trace de neige blanche sur la chaussée asphaltée de Parkavenioue. Les pigeons s'envoleront en se cognant le bout du bec sur le bord du feu de mes copiés-collés trop clean. Je m'effacerai de la page, elle-même arrachée au plus grand des grands livres.

J'avais rien prémédité. Script vient de se réveiller. Elle écrase une larme sur le bord de sa prunelle lilas.  Elle dit :  « b . . s. i..e li...  »   Pardon?  Je n'ai rien compris à sa jargonaphasie.  Elle n'a pas voulu parler plus fort, ni articuler.  Désolée, je n'ai rien compris.   Faut pas faire attention, Sript parle souvent en dormant.

[09:24] Découverte du site de Renaud Camus, Vaisseaux brûlés. J'ouvre son journal, je le lis. J'ai là des journées, des semaines entières de lecture à l'écran. Je prendrai mon temps. Les P.A. (petites annonces) si bien classées ne vont pas s'envoler. J'avais vu le livre hier à la librairie et c'est par la filière du livre que je suis remontée jusqu'au site. Pli sur pli. Malheureuse, je n'ai pas noté l'édition, on la trouvera sur le site  http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus/.

Je me pose cette question : si j'aime trop un autre journal, cesserai-je d'aimer le mien?  le délaisserai-je?  C'est une chance à prendre. Je lirai le philosophe, le littéraire, le solitaire, le journal. Je ne m'intéresse pas le moins du monde à « l'Affaire Camus ».  Ce genre d'histoires me tue. Je veux juste lire. 

Après quelques pages, découverte de similitudes. 

À côté de ce journal-là, le mien ressemble à un cahier d'écolière. 

Il faut que je relise Tristan et Iseult. Par Bédier. Récemment, j'ai lu, dans la section« Livres » du journal Le Monde [le 9 février], un court article sur Madeleine Gagnon. Sujet : en poésie, l'écriture opère une rupture. Rupture de la manière de dire, de penser. C'est comme parler ou lire une autre langue dite par des sujets sans parole, des femmes blessées et bâillonnées, les victimes des guerres extérieures autant qu'intérieures (corps, pensée, sensibilité). Cette autre langue ne saurait exister que dans le peu de mots d'un poème, faits pour une bonne part de silences éloquents. Comme en musique : les pauses ne sont-elles pas tout aussi importantes que les notes? 

Lu aussi que le spleen est nécessaire à l'émergence d'un désir. Oui? Mais aussi, que si le spleen devient obsédant, il aboutit à une destruction. Au sujet d'un livre récent de Pierre Fédida. Il y serait question du paradoxe de la nécessité mélancolique que l'on aurait par erreur qualifiée de maladie (dépressions et Cie). La mélancolie serait une nécessité négative inscrite au coeur de l'âme humaine et génératrice à la fois des forces de la vie  et des forces de la mort. Fédida redonnerait ainsi ses lettres de noblesse à la mélancolie. Parfait.

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