les san sebastian

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[09:04]. Ça, c'est seulement l'heure où j'écris mon premier mot.  J'ignore toujours quand je vais écrire le dernier. Je commencerai par aller me laver les cheveux. On regardera les Sebastian en attendant.

[09:58]. C'est fait. Avec les cheveux propres, peut-être serai-je un peu moins down? [elle est pas down, mais triste]. J'ai hâte d'arrêter de me sentir aussi triste. Je n'y peux rien. Mais à la différence d'hier, j'ai plein de choses à écrire ce matin. Triste peut-être, mais pas vide. Bon, par où commencer, comme dirait ce cher vieux Barthes. Mais tout doucement, par le commencemant, voyons Lady A, par le commencement. Pigé Sir, Yes Sir!  (Ça c'est l'influence du jeu « Worms Armageddon », les petits vers, en combattant, disent toujours ça. 

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Alors hier, au plus bas de mes downs, j'ai mis la main sur trois, je dis bien trois e-mails des plus talentueux cyberdiaristes [sic] [ce mot me donne le hoquet] que je connais. 

Je retiens de L. de ne jamais lâcher le plaisir pour l'ombre, de S. la recette d'une soupe aux cui-cui servie avec salade de coquelicots sous un coulis de chenilles façon GF. 

Quand à R., je m'accroche à l'idée de ne pas réduire en bouillie les magnifiques parties du corps avec lesquelles je pourrai encore jouer quand la nuit va finir par tomber sur Montréal. 

Et je lirai Valium tout à l'heure. 

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Me suis-je éloignée de mon sujet? Ça se peut. Je voulais parler de Saint-Sébastien. Je suis pas trop partie dans cette direction-là. Pas grave. Il y a les Sebastian que je suis allée chercher sur [http://bode.diee.unica.it]. Ils ont presque l'iconographie complète de Sebastian plus une bibliographie et de tas de trucs intéressants. C'est là que j'ai repiqué les tableaux, puis  modifié le format pour les faire entrer dans la marge. En descendant la page un peu vite, on dirait que ce sont des danseurs de ballet. Étrange. Ces gars-là sont attachés pour être, en principe, torturés mais leur visage n'exprime aucune souffrance, bien au contraire. Ils ont l'air en contemplation ou fascinés par quelque chose. En extase. On dirait qu'ils ont pris la pose. Ça, c'est l'idée du baroque.D'où je pars et où je m'en vais? D'hier. 

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Je me suis demandé pourquoi cette comparaison avec Saint Sébastien m'est venue et assez forte en plus pour que je l'écrive et que j'aille chercher le tableau pour bien montrer les plaies saignantes. Je voulais illustrer ma propre douleur? Pas sûr. 

L'inconscient est très très ratoureux. Je ne saurai probablement jamais comment ce petit lien s'est fait dans ma tête. Et cela n'a aucune importance que je le sache (ou que nous le sachions). Nous ne sommes pas en séance d'analyse, non? 

Donc, si je ne cherche pas le pourquoi, je vais peut-être comprendre le comment. Oui.

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[10:35]. Je quitte pour quelques minutes. J'ai envie d'un café au lait. Je vous en rapporte un? Après, je continuerai avec ces peintures du XVIIe siècle qui sont venues me relancer hier. 

Il y a là matière à méditation. Et je méditerai, je méditerai.

[14:10]. De retour. Cette fine pluie qui tombe sur Montréal brouille pas mal les pistes de ce satané hiver. S'il n'en tenait qu'à moi, on pourrait bien annoncer l'arrivée du printemps, pour demain!

Retour à Sébastian : Après brève consultation du guide iconographique de La Bible et les saints, deux types principaux de représentations du saint se seraient succédé chronologiquement.

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 Les premiers (et jusqu'au XVe s.) étaient des hommes d'âge mûr ou vieux et barbus, des soldats, chevaliers ou personnages de romans courtois, ils étaient habillés de tuniques, armures ou toges. Puis le type juvénile est apparu vers le XIIIe, pour triompher vers le XVe; où l'on a commencé à peindre S. presque nu et criblé de flèches, attaché à une colonne.

La première fois que j'ai entendu parler de Saint Sébastien c'est en lisant le roman de Yukio Mishima, Confession d'un masque. L'écrivain japonais y raconte avoir vécu un choc qui l'a profondément troublé en regardant cette image pour la première fois. C'était le plus grassouillet des Sebastian de Guido Reni, le dernier en bas, et Mishima écrit à ce sujet : « à l'instant même où je jetai les yeux sur cette image, tout mon corps se mit à trembler d'une joie païenne », il raconte avoir eu sa première éjaculation tout de suite après. Cette réaction de son corps aurait grandement troublé l'enfant qu'il était encore à ce moment-là, et il l'a expliqué en citant Hirschfeld qui place « les images de saint Sébastien au premier rang des oeuvres d'art qui procurent aux invertis un plaisir particulier ». J'ai même lu, je ne sais plus exactement où, que Mishima se serait fait photographier en Sébastien, le "saint" des homosexuels. J'avais oublié ces détails que je viens de retrouver dans mon journal papier d'il y a quelques années. Faut pas trop se fier à la mémoire.

Mais c'était qui, ce fameux Sebastian qui a réussi à exciter autant l'imaginaire des peintres et autres artistes? Là, on doit se fier à l'Histoire, et tenir compte de sa part de légende... On dit que l'homme naît probablement vers le milieu du IIIe s. à Milan. Vers l'an 283, on le retrouve à Rome, comme soldat sous Dioclétien qui le nomme commandant de la garde prétorienne.  D. ne savait pas que Sebastian était chrétien... C'est là que l'histoire va se corser. Sebastian se met à visiter et consoler les chrétiens emprisonnés.  Il convertit plusieurs Romains et fait tout ça sans se cacher le moindrement. On l'arrête, on le condamne à mourir percé de flèches, par deux soldats. On dit deux? Mais, il n'en mourra pas. Des femmes, dont Irène (la sainte) relèvent S. encore vivant et soignent ses blessures. Une fois guéri, S. s'en va reprocher à l'Empereur de persécuter des chrétiens... ce n'est qu'après qu'il se fera bâtonner à mort, vers l'an 288. Puis, on aurait jeté son corps dans les égoûts de Rome. Pas trop glorieux, non? Pauvre S., jeté comme un étron dans le Cloaca Maxima. L'Histoire ajoute... « d'où il fut retiré par une matrone chrétienne » qui l'a enseveli dans une catacombe sur la Via Appia, près de la basilique qui porte son nom. Quelle histoire!

Le temps passe, je reviendrai plus tard ajouter quelques commentaires autour de ce que « me disent » ces tableaux dans la marge.


[19:25]. Je remets à demain la suite sur Sebastian. Je n'ai plus tellement le coeur à ça pour le moment.  Mais c'est pas parce que ça va mal. 

C'est que j'ai commencé à lire Valium, à défaut d'en prendre. C'est ce qu'il me fallait. Bien évidemment. La preuve? j'ai fait du pâté chinois, comme le protagoniste, au premier chapitre.

Moi qui n'ai pas cuisiné ni presque mangé de toute la semaine, ce soir, je me suis fait un pâté chinois pour quatre et je suis toute seule. Je n'attends personne. Par choix. Je sais pas si je vais en manger.  Je sais pas. Mais j'en ai fait, et ça va sentir le gratiné qui cuit au four. Les romans me font toujours cet effet-là : ils me donnent l'envie de manger ce qu'ils mangent. Il va me rester à expliquer à mes amis français c'est quoi du pâté chinois. Ce sera avec plaisir. Et puis j'ai ouvert une bonne bouteille de rouge, une bonne.

Pour le moment je suis bien accrochée à ce livre. J'ai lu les cinquante premières pages d'un seul coup. J'pense que j'avais faim.  Alors je sais que je vais passer au travers aujourd'hui. Pis demain, je devrais être capable de reprendre ma propre écriture, la vraie. Le journal aussi. Fiou!

D'autres e-mails d'encouragement sont arrivés. Dont celui de C., si lumineux d'optimisme avec sa belle couleur vert espoir.  Tout cela me touche, me fait tellement chaud au coeur.

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