d'ici la mille et unième

l'éphémère

[22:39]Script est de retour. Elle est là. N'ayez crainte, elle ne va pas s'effondrer. Si, un peu. Peut-être. Non, je ne sais pas. Je ne sais plus rien. Que feraient-ils ceux qui liront, s'ils étaient à ma place ?

Erreur, Script. Erreur de croire que tu as une place. Un coin. Un recoin. Une oubliette. Une cave. Le fond d'un cachot humide. Un bûcher. Tu n'as rien d'autre que l'espace que tu occupes. On ne te donne rien. On ne te reconnaît rien. On ne te regarde même pas. Comme depuis ton premier cri en venant au monde, tu te fais une place par la force de tes bras ou bien on te jette. On te croira déjà morte et on s'en fout royalement. On a d'autres chats à fouetter, n'est-il pas? Papa et maman ont du travail. Ils ont pas le temps. Ils t'écoeurent avec leurs « je t'aime » qu'ils te sirotent et te bavent dans les oreilles quand ils sont saouls. Tu leur casses les pieds. Ils te le disent pas, sauf que tu le sais d'un savoir que tu portes en toi. Que tu écriras pour dénoncer ces hypocrites. 

À quoi s'attendait-elle ? Orgueilleuse. Indomptable rivière bouillonnante et glacée. Sa pudeur l'empêchera de se confesser. La solution de se déboutonner privément ou publiquement sinon onlinement n'en est peut-être pas une. Je ne sais pas. Je doute. Lancerai-je des sondes dans l'univers sidéral pour en savoir plus long ? Je me contenterai plutôt de l'alphabet et du dictionnaire, des mots.

Mots - ont tous fui loin de moi, insultés que je ne leur aie pas offert de place dans mon Lexique les premiers. Vos gueules, les mots ! Je n'ai même pas eu le temps de le bâtir, le Lexique. Vous l'aurez votre place. Donnez-moi juste quelques nuits de plus. J'ai besoin de vivre moi aussi, je ne peux pas passer tout mon temps à écrire.

Temps - j'en ai parlé l'autre jour. Temps me retient en esclavage. J'ai un boulet aux pieds. Il m'a cousu un numéro dans le dos. (Coudonc, a'va tu se mettre à se prendre pour Jean Genet?) Il me reste un espoir, c'est qu'il m'ait cousu le no 1001. Quelle chance !  Je traduis dans ma langue : 1000+1, 1000 et 1, mille et un. Contes merveilleux. C'est Noël. J'ai gagné à la loterie : je suis Shahrâzâd. Je passe ma vie à écrire et raconter des contes à Shâhriyâr. Trop tard, on saura son nom.

Mélodie - de mon enfance, je te reconnais. Ne te sauve pas. Tu joues trop bien. Tu devrais avoir la première place dans le Lexique. Je ne te remercierai jamais assez pour ce que tu viens de dénouer. Une métamorphose se prépare. J'embarque. Du moment que je ne me transforme pas en bibitte dégueulasse et pleine de bave comme le Grégoire Samsa de Kafka. Mais la vie de Shahrâzâd que je vis avec Shâhriyâr est la mienne en propre. Shâhriyâr a su capter mon regard. J'ai capté le sien. Ne me demandez pas comment. 


[23:24] Bilan. Elle a eu sa montée de lait universelle. C'est fait. Elle n'y reviendra plus [pas tu'suite tu'suite].  Elle a bien droit à ses malaises hormonaux, c'est même écrit dans tous les bouquins de médecine pas trop cons. C'est bien elle la femme, la mère, après tout?  Ce qu'il lui réclame est en même temps ce qu'il lui refuse. Le corps du délit. Elle n'en peut plus d'être vierge muse mère adolescente impubère et putain pour les satisfaire les hommes ses contemporains. Rien d'autre. La multiplication des pains (on se souviendra des sainteZévangiles) ne lui va pas comme leur gant de la main gauche non plus. Et moi, je suis aussi faible que lui. Il s'imagine qu'il meurt en moi quand il jouit. C'est tout le contraire. C'est là qu'il prend toute sa force et nourrit la mienne qui devient la nôtre. Secret. C'est qui les imbéciles qui lui ont enfoncé ça dans le crâne? C'est pas vrai. PAS vrai. Asteure, il a peur des femmes.  Pas de toutes. Pas de toutes. Il a raison. Pardon. Moi, femme ordinaire, je ne sais plus ce que tu veux. De quoi tu as peur. Le sais-tu ?

Peur, c'est peur de la même maudite affaire.  La mort. 

Mort, tu es l'ennemi à combattre pour lui comme pour moi et tu n'es pas humaine et je te hais et je ne veux pas te voir la figure. Et déguerpis, sinon, le bras d'honneur, je te le promets, tu l'auras, maintenant que je sais le faire grâce à on sait qui et je ne me répéterai pas ici. Nous nous liguerons contre toi et ce n'est qu'ensemble que nous te vaincrons. Notre force est ensemble. Ne sommes nous pas frère et soeur ? Amant et maîtresse ?

Lui et moi, nous survivrons. Nous avons nos ailes. Nos mots et notre nid. Notre cocon. Nous avons pris les plus beaux mots pour nous défendre. Et il en reste encore plusieurs autres qu'il me tarde de consigner dans le Lexique, ces mots de l'ile déserte, avec la tente bleue brodée d'or au milieu. Ce n'est pas loin de l'île de mon Seul Désir.

Décidément. Ça va devenir une Encyclopédie, ce Lexique. Elle sera portée à se prendre pour Diderot, ou Balzac ou un autre cadavre poussiéreux de la bibliothèque de ses parents. Déjà qu'elle se promène parmi les fleurs, comme Rousseau. Laissons là donc à  ses désirs et délires littéraires de la nuit. Elle est encore loin de la milléunième. Shâhriyâr aime bien qu'elle dorme parfois, afin qu'elle se réveille les joues fraîches et roses en lui offrant son premier regard, les tout premiers mots de l'aube naissante, les pieds nus dans la rosée.

Les délires, quand ils sont aussi doux,  sont des rêves qui appartiennent à la mythologie et ne font de mal à personne. Ils l'aident à cracher le morceau, le méchant qui fut enfoncé en elle malgré elle. Lui est si patient et si doux, mais avec sa brutalité virile, il la secoue et l'anime. Elle s'agenouillera. Lui racontera. Ainsi, elle ne perdra pas la vie. Comme dans le merveilleux du conte qui commençait par « il était une fois... »

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