ce cher journal

19 décembre 2000, 18h00

Pourquoi écrire mon journal sur internet ? D'abord, je ne suis pas certaine de publier sur le web. Pas tout de suite.  Je vais écrire quelques jours, et attendre de voir si j'aime l'expérience.  Faire comme si quelqu'un lirait tout à l'heure et si j'ai envie d'écrire quand même, sous le régime du lecteur. 

Je publierai juste si je tiens le coup, si mon expérience est vivable et viable.  Oui.  Je m'engage envers moi-même à écrire souvent.  Et plus d'une fois par jour, si possible.  Ça fait un bon bout de temps que j'y réfléchis, que je laisse cette idée me travailler par en-dedans...  J'écrivais un journal papier avant, périodiquement.

Mais je sens déjà qu'entre cette sorte de journal-ci et le journal papier, il y aura un monde.  Je sais déjà que je n'écris plus pour moi seule.  Je pourrais faire semblant que j'écris seulement pour moi mais cela serait faux et archi nul.  Dans la vraie vie, je ne suis pas le genre de femme à faire semblant.   On partira avec ça, O.K.?

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Sauf que ce que j'écris réfère quand même seulement à mes pensées intimes : avant d'être partagées, elles le sont.  Et ce qui fait l'intime, c'est probablement le va-et-vient entre les détails futiles et ce qui surgit des profondeurs de soi.  Je perçois l'intime comme un constant apprivoisement de ce qui est à moi, « le mien », plutôt que de ce qui est moi.

Je lis des journaux sur internet depuis deux ou trois ans maintenant.  Je suis loin d'apprécier tout ce qui s'écrit là-dedans.  Par contre, j'ai un profond respect pour tous.  Et les journaux que j'aime m'ont probablement influencée et contaminée par le désir de le faire aussi.

Mais à ma façon.  À découvrir.  Je raffole de l'hypertexte.  Je pourrai m'en servir amplement.  Y réfléchir.  Je crois que j'ai tout simplement envie de vivre une nouvelle expérience, celle d'écrire pour que mon journal soit lu par des personnes comme moi, qui lis celui des autres.  Je veux traverser de l'autre côté du miroir.

Parce qu'un journal intime, je vois ça un peu comme un miroir pour le Moi.  Mais je pense que c'est un miroir très dangereux, parce qu'il ne reflète pas la réalité du moi.  Il me renvoit plutôt une image brisée en milliers de petits morceaux : je peux devenir plusieurs facettes de la même personne.

Est-ce à dire que je risque de me retrouver avec plusieurs Moi?  Un dédoublement de la personnalité?  Méchante surprise.  Surtout si je me lève avec la gueule de bois.  Ou une déprime.  J'assisterais à l'image de la multiplication des déprimes, de quoi ne plus m'en remettre jamais.

Bref, c'est pour ça que je sépare la question du Moi de celle du Mien, de l'intime.  J'explorerai donc seulement cette zone de l'intime partageable :  ce qui est mien et qui se donnerait volontiers.  J'aime l'idée que cet intime-là  soit publiquement dévoilé.  Et qu'il le soit avec tout ce qu'il peut contenir d'ambiguïtés :  franchement. 

Ne sommes nous pas tous des êtres humains, des plus sublimes aux plus abjects?  Alors chacun doit avoir sa place.  Je me souhaite que le désir d'authenticité soit accru voire même démultiplié en raison de la présence de lecteurs.  Gros contrat?  Je sais.  Je sais.

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Plus tard.
C'est plus difficile que je ne le croyais.  Je n'arrête pas de m'imaginer comment-qui-où peuvent être les lecteurs que j'ai évoqués tout à l'heure et je n'écris plus ce que je veux.  Je n'y peux rien, je me sens observée.  C'est la réalité  que je tente d'avaler.  Vivre et faire avec.  Je relis, je corrige, je vérifie le sens; il le faut bien, si je veux publier sur le web et que l'on comprenne ce que j'ai voulu exprimer.  Si je m'exprime de travers ou à moitié, personne ne va me comprendre, ou comprendre à côté, à cause d'un biais causé par une expression que j'aurais mal tournée.  Ou même si je veux me comprendre moi-même le jour où j'aurai l'idée bizarre de me relire.  Vraiment pas facile.  Je reviens demain.  Promis.

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