il était une fois un roman

Lu : Je n'ai pas trop avancé dans la lecture du Décameron. Hier soir, j'ai terminé Lire et écrire, de Robertson Davies.

Écrit : Retravaillé le dernier chapitre de mon roman, posé le point final aujourd'hui. Feux d'artifices intérieurs. Libération. Bonheur.

Préparé : Des crêpes pour mon déjeuner ce matin. Je n'avais plus de pain.

Pauvre petit journal abandonné depuis plus d'une semaine, presque dix jours. Ça va ? J'arrive sur le bout des pieds. Ayoille, mes orteils ! Je suis gênée quand je pense à ceux qui me lisent. Qu'ont-ils dû penser de moi ? Je vais m'expliquer. Ce soir, j'ai le temps. Voilà, ça été dur.

Que je reprenne les événements dans l'ordre chronologique : jeudi le 16 et autres journées suivantes jusqu'au 20, j'ai travaillé au Salon du Livre. Je croyais pouvoir écrire ici quand même. Erreur. Le premier matin, ça été, j'ai écrit mon entrée du jour, puis je suis partie. Mais le lendemain et les jours après, j'avais peine à me sortir du lit. Et en revenant, je me plongeais dans un bain bouillant, je mangeais une bouchée et je sombrais dans un sommeil de plomb. Pourtant, je n'avais rien d'autre que mal aux pieds. Plus un surcroît de socialisation je pense. Expérience extraordinaire que celle-là : conseiller les gens qui cherchaient des livres, diriger le trafic autour des séances de signatures de quelques écrivains de la maison d'édition pour laquelle je travaillais (et même faire la caissière quand ils avaient besoin), mais ça m'a tuée ! Je ne suis plus habituée à voir autant de monde et à tripper littérature à voix haute et avec autant de variété que ça. Pourtant, je ne regrette rien : c'est ainsi que je suis faite, même si je ne me sens plus les pieds et que j'ai les ongles des gros orteils et de quelques autres rouge-bleu-noir (ils vont tomber semble-t-il) parce que je m'obstinais à porter des bottines ajustées à la cheville. Ça m'apprendra! J'ai rencontré tellement de beau monde.

Par dessus tout cela, lundi, j'ai eu un rendez-vous avec J., eh oui! déjà. Il devait prendre deux semaines mais il a téléphoné samedi et il avait déjà tout lu. Il m'a parlé du roman. Un dénouement heureux que je n'attendais plus : ça va, ça se tient. Sauf la fin expédiée un peu vite (je le savais), quelques modifications mineures à apporter ici et là, des corrections encore une fois à la syntaxe et la ponctuation (les maudites virgules). Et après avoir ajouté un essai d'une vingtaine de pages, je pourrai déposer le mémoire en décembre. Quel soulagement. Alors je suis rentrée chez moi en vitesse, les bras remplis d'une montagne de livres qu'il m'a prêtés, et je me suis remise à mon clavier. Je n'avais pas une seconde à perdre. D'autant plus que j'ai encore plein de textes à lire. Je travaille principalement sur la question du passage du journal intime vers la fiction romanesque. Les deux prochaines semaines seront démentes, j'en ai bien peur, mais moins frustrantes pour mon agenda personnel que l'écriture de fiction. Et puis ce sera ma fête le 15.

Que les pauvres lecteurs qui me restent veuillent bien me pardonner. J'ai honte. J'écris encore dans l'euphorie du moment, sans trop prendre le temps de peser me mots, de bâtir un discours articulé, (que va-t-il donc arriver de ce pauvre journal en ligne?) mais ceux qui m'ont suivie jusqu'ici savent maintenant ce qui m'habite et je sens qu'ils me comprennent et m'aiment bien. Je ne sais pas comment ça se fait mais je le sens. En tout cas, je peux dire que s'ils se manifestent à temps, ils seront parmi les invités d'honneur du lancement de mon roman (parce que j'ai recommencé à me bercer de l'illusion de publier ce roman... elle est folle cette Ariane, pensez-vous, et vous avez raison). Pour m'avoir endurée tout ce temps, ils l'auront bien gagné. Même les lecteur d'outre Atlantique, tiens! Mais ils comprendront aussi que je n'ai pas les sous pour leur payer le billet d'avion jusqu'à mes quelques arpents de neige.

Vu : Par hasard Amélie Nothomb dans l'ascenseur de l'hôtel Bonaventure jeudi après-midi (le 16), je lui ai dit bonjour et elle m'a répondu avec un grand sourire. Et aujourd'hui, le soleil toute la journée, par la fenêtre. Et dehors cet après-midi encore le soleil en allant faire mes courses.

Entendu : Tout à l'heure et pour la énième fois les Variations Goldberg interprétées par le génial de Glenn Gould.

Parlé avec : Personne depuis lundi. C'est ça aussi écrire. Enfin, dans certaines circonstances et pour certaines personnes exaltées dans mon genre.

Hygiène du journal online : Les questions d'hygiène ne sont pas ma priorité pour aujourd'hui. On aura compris que j'ai bien d'autres chats à fouetter. Pourtant, c'est devenu pour moi une préoccupation constante que celle de réfléchir à cette pratique nouvelle (dans mon cas) du diarisme virtuel. Et si l'écriture de la réflexion sur ce sujet n'entre pas dans mes priorités du moment, et que je reporte au lendemain, ne serait-ce pas pour mieux la laisser se déposer et mûrir la chose? Stop! J'y reviendrai. Et j'écrirai là-dessus autre chose que des considérations esthétiques, je le sais.

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