Ces derniers jours j'ai consacré tout mon temps à l'écriture. Mon journal ne me manquait pas trop. Mais un peu, quand même. Je n'avais pas le temps, et je n'ai pas voulu prendre le temps. Ce que j'enlevais au journal, je le donnais au roman en chantier. Et à mon corps. Et à me reposer les méninges. Quand je dis journal, je pense maintenant aux deux, le journal papier et celui-ci. J'ai remarqué que ces temps-ci, j'ai vraiment besoin de canaliser mes énergies sur un seul projet. Écrire tout le temps un peu partout m'a été fort utile à un moment donné pour absorber le foisonnement des pensées et des images qui me venaient : il y en avait trop. Cependant, et pour la troisième journée d'affilée, il m'est nécessaire de diriger toute mon attention et ma concentration sur l'écriture de fiction. Je ne suis plus dans le sentiment de nécessité et d'urgence de choisir l'une ou l'autre forme d'écriture. Pourtant, ma période de réflexion sur l'abandon est loin d'être terminée. Mais la question n'est plus de savoir si je poursuis ou si je cesse tel ou tel projet. Il s'agit davantage de faire un peu plus de lumière sur une forme d'abandon intérieur et extérieur que j'ai besoin de vivre ou d'expérimenter. Pour cela, il me faut savoir identifier ce qui n'est pas essentiel à la création pour mieux jongler avec. En fin de compte, si j'arrivais à mieux reconnaître ce qui perturbe l'activité créatrice et la détourne de son désir premier, autrement dit, si je savais ce qui m'éloigne de moi-même, de l'essentiel de ce que je suis, j'aurais fait un grand pas vers la liberté. Je ne pourrai jamais éliminer tout ce qui empêche, dérange et retarde le processus, cela reviendrait à vivre dans une bulle de verre. Me construire une tour d'ivoire. Malgré tout, je reste persuadée que l'écriture ne peut que se penser strictement en retrait du monde. Dans la plus complète solitude. Mais je continue de faire partie de ce monde et peut être encore plus intensément avant et après les périodes de retrait. Et d'abandon.