Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi. J'ai rendez-vous chez le dentiste tout à l'heure alors je dois faire vite. Et puis au retour je ferai le ménage de la maison. Il est temps que j'investisse un peu de temps à l'hygiène des lieux. Tout est sale, cuisine, salle de bain, planchers et le pire, le frigo. Enfin, les détails sont inutiles, j'imagine que chez-moi ce n'est pas plus malpropre que chez mon voisin mais lui, j'ai l'impression qu'il fait tout selon un agenda bien ordonné. Il sort toujours ses poubelles à temps, son bac à récupération est méticuleusement placé sur le trottoir avant huit heures le mercredi matin, et le contenu du bac est lui même méthodiquement ordonné : les journaux ensemble, les cartons de lait écrasés et empilés, les bouteilles de verre et de plastique rincées s'il-vous-plaît, et alignées sagement en rang d'oignons.

Comment font-ils tous pour être si propres et organisés, même dans leurs poubelles ? Je crois avoir compris qu'ils aiment bien gérer tout ce qui leur tombe sous la main, jusqu'à leur temps, leur vie de couple, leurs enfants et j'en passe. La gestion appliquée à la vie personnelle ça me donne la nausée. Je crois bien que l'une des raisons pour lesquelles j'écris un journal c'est bien pour laisser ma vie proliférer, mes pensées bourgeonner et foisonner à leur guise. Le meilleur emploi du temps consiste à cultiver l'art de le perdre en bonne compagnie. La vie de couple la plus réussie est celle dont on parle le moins. L'amour, si on ne le gère pas on le fera mieux et plus souvent. C'est comme la bouffe. Je ne la gère pas, je la mange. J'aime mieux vivre et laisser vivre que de tout gérer. De toute façon les personnes et les choses ont horreur de se faire gérer, surtout les enfants. Ils sont trop près du plaisir brut pour ça. Je veux brouiller les pistes autour de moi. Semer l'entropie afin que tout rentre dans l'ordre de soi-même. Mais je ferai le ménage quand même, aujourd'hui.