une heure de moins, la neige

J'assiste en ce moment à la mort en direct d'un poisson rouge. Et je lis de la sf pour voir si je suis toujours vivante.

Je crois bien qu'il est en train de mourir, ce petit poisson rouge. Mon plus beau, comme rouge tigré avec plein de rayures noires sur le dos, les nageoires et la queue. C'était le plus vigoureux, le plus gros aussi. Hier il était encore en pleine forme. Mais ce matin quand je me suis assise à l'ordinateur (le bocal est sur la table, à droite de l'écran), j'ai vu qu'il n'était pas dans son assiette. Lui qui était le premier à se jeter sur la nourriture, il est resté à nager tranquillement tout seul. Il se comportait bizarrement, descendant vers le fond puis remontant à la surface à reculons, je n'ai jamais vu un poisson faire ça. Parfois il remontait même à la verticale, la queue en premier, comme s'il était irrésistiblement attiré vers le haut. Le pire c'est que depuis que j'ai commencé à écrire cette page, il reste à la surface, couché sur le côté, et il ne bouge presque plus ses petites branchies. Les deux autres viennent à tour de rôle lui donner des petits coups avec leur museau (?) et il se remet à nager un peu. Les périodes actives sont de moins en moins longues. Si ce n'était de cette stimulation de ses «amis», il serait déjà mort. Alors c'est ce qui me fait croire qu'il agonise vraiment. Et je ne peux rien pour lui. J'ai tenté un seule manoeuvre de «réanimation» en rapprochant la lampe du bocal, afin de lui donner un peu de chaleur, mais cela ne semble pas très efficace. Curieux quand même le petit manège des deux autres poissons. Comme s'ils se rendaient compte de ce qui est en train de se produire et qu'ils venaient lui dire à tour de rôle : « Allez, secoue toi mon vieux, ne te laisse pas aller ». Pour eux autres aussi ça a l'air de se passer comme chez les humains. Vivre à tout prix, même si on n'a plus la force de le supporter.

Mais le temps passe, et il ne meurt toujours pas. Ça me fait un petit dimanche matin un peu morbide. Et puis il y a cette heure en moins et la neige qui tombe doucement. Me fait penser que j'ai besoin d'un manteau plus chaud. Je vais aller sur la Sainte Catherine dans l'ouest pour magasiner tout à l'heure, ça me fera du bien. J'ai envie d'un beau foulard de laine multicolore aussi. Habillée plus chaudement, je pourrai profiter du froid de l'hiver sans me priver de mes promenades dans la ville.

Ma rencontre avec J. ? Je n'ai pas tellement envie d'en parler ce matin. Si je résume rapidement, je crois qu'il n'a pas démoli mon texte. Il ne l'a pas encensé non plus. Un bref « ça tient la route » au début, puis il m'a indiqué les aspects à améliorer, les ambiguïtés, le travail à faire sur la syntaxe, la maudite ponctuation. C'est énorme. J'oscille entre le découragement qui me ferait abandonner l'écriture définitivement, et le goût de relever le défi et de poursuivre puis terminer le projet. Mais d'où me vient donc cette idée que je suis nulle, que je ne fais pas suffisamment d'efforts, que j'écris mal et tout ? Comme si je voulais que ce soit parfait du premier coup.

Pour aujourd'hui essayer d'oublier ça, ne prendre aucune décision, me reposer, refaire mes forces. Mon fils reviendra de chez son père cet après-midi, il aura des tas de choses à dire, on fera des tas de choses ensemble et on sera bien. Être mère, j'aime ça.

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