journal* et autres écritures

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Mot-clé - colère

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par fragments, pas souvent, un peu décousu, mais retour à l’écriture tout de même

j’ai appris il n’y a pas longtemps que la honte est une émotion mixte [l’avais-je écrit dans ce journal ? m’en souviens plus] : un mélange de colère et de peur, paraît-il

la honte concerne souvent l’argent et le sexe ; difficile de ne pas rougir de honte, de cultiver des silences coupables

même quand on est tout seul avec soi-même

j'ai appris hier que les fourmis ne sont pas végétariennes. ni végétaliennes [des végé italiennes, arf], c'est toujours ça de pris

et pendant que j'en parle, je cherche inlassablement des raisons d’exprimer verbalement de la colère face à la société pis j’en trouve pas

j’en trouve pas des raisons de me fâcher, j'en ai pas, malgré la grève des Postes qui s’éternise, l’immonde quantité de suiveux qui ont élu des presque analphabètes aux dernières élections et qui ont même pas été fichus de garder monsieur Duceppe [une vraie honte], les nids de poule plein les rues de mtl, les rues [de mtl] bloquées en permanence par la construction et les interminables bouchons de circulation qui s’ensuivent, la bouffe trop cher et insipide qui provient massivement des usa, les guénilles trop minces et toutes pareilles fabriquées en chine, les livres de + en + chers et mal écrits [imprimés en chine], les éditeurs qui refusent mes manuscrits, ceux qui répondent même pas [salauds], les milliers de cyclistes à l’envers dans les sens uniques ou qui te coupent à dix cm de la roue avant droite mais c’est pas eux autres les tarlas, c’est toi, c’est toujours la faute aux automobilistes qui crachent le fioule à pleine rue et qui empestent mon bureau quand j’ai le malheur d’ouvrir la fenêtre. en plus ils grignotent la glace des banquises et la planète se réchauffe, honte sur moi. pis en plus, on aura bientôt plus de ponts assez solides pour sortir de l’île [de mtl], on fera quoi s’il faut évacuer d’urgence ? s’empiler pêle-mêle au fond des nids de poule ? crever dans les bouchons ? argh

à bien y penser, j’en ai plein de raisons de chiquer la guénille [encore elle], de ronchonner, de critiquer, de râler, de gueuler, de chicaner jour et nuit, de ruer dans les brancards, de maudire la terre entière et sa mère en public comme en privé. mais je le fais pas

c’est ça le problème

je me dis que ça sert à rien de s'énerver, que ça changera rien, je me laisse endormir par la torpeur ambiante, je ravale la colère pis après je meurs de honte au fond de mon lit parce que tout ce qui arrive de pas bon autour de moi, c'est par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute

mais donnez moi un peu de temps et je vais apprendre à la lire ma colère, apprendre à lire l'ire...

et en faire quelque chose de magnifiquement beau et bon

sur ce, merci à ceux qui s'aventurent à écrire un commentaire. des mots et des bisous, j'adore ça. on en fera des tartines pour Alice, pour quand elle va retourner au pays des merveilles

les tartines, ça fait grandir

sujet du jour = colère. l’ire incontournable des cruciverbistes.

pour approcher le sujet, j'ai pas la moindre envie de pondre un exposé classique. pour dire le vrai, je me sentirais tout à fait ridicule de structurer un texte « normal » à ce propos, et qui comporterait une introduction, un développement et une conclusion.

je courtiserais bien l’aphorisme, mais peu experte dans l’art ou le procédé, je crains la maladresse ou pire le galimatias [joli mot].

nous nous contenterons donc de fragments parsemés avec parcimonie. suivons le cheval.

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dans le vieil érable devant la maison, encore plus vieux que celui de la rue Hutchison, il y a un énorme nid de fourmis noires. ça court partout. et ça se multiplie autant que ça brille et frémille. mais personne de la noire tribu n’a osé toucher à mes fleurs, plus belles que jamais avec toute cette pluie des derniers jours. ça mange quoi, des fourmis ?

***

l’été dernier je me suis retrouvée avec un petit groupe dans lequel plusieurs exprimaient leur colère devant je ne me souviens plus quoi [mais ils avaient raison d’être en maudit, moi-même je fulminais]. à un moment donné, une femme a pris la parole et affirmé qu’au terme d’un cheminement personnel, elle ne ressentait plus jamais de colère devant rien, terminé. zen. je suis restée bouche bée, sidérée.

je ne crois pas qu’il existe de « bonnes » ou de « mauvaises » émotions. des « à proscrire », des « à s'éradiquer » du jardin intérieur comme des plantes adventices. pas au moment où elles surgissent en tout cas. et la colère ce n’est qu’une émotion comme les autres. pas de quoi en faire tout un plat.

sentir la colère monter comme une mayonnaise forte en moutarde [ou pas], avoir conscience de l’état émotif qui change, savoir que j’ai le choix de répondre par tel ou tel comportement ou action, c’est ça la clé. ça que l’éducation ne dit pas toujours [ou si elle me l’a dit, j’étais occupée ailleurs]

des colères, il y en a toute une gamme : forte, rouge, divine, froide, noire, terrible, blanche. 

entre un irritant, une irritation, une susceptibilité, un emportement, de la rage, de la fureur, il y a plein de différences. comme pour les couleurs, il faudrait un nuancier. ou alors les colorier pour mieux les reconnaître et les nommer.

un nuancier pour les émotions ? pas besoin d’en faire un, ça existe déjà. et c’est partout sur le web et traduit en français si on veut. il s’agit de la roue de Plutchik. une sorte de fleur montrant huit émotions de base en son centre et les autres en progression alentour. 

intéressant de noter que la colère et la peur sont sur le même pôle. et tout en couleur en plus. fabuleux. ça reste un gadget qui pourra jamais décoincer quelqu’un de véritablement pogné avec sa colère.

j'ai longtemps pensé que si je laissais à ma colère la bride sur le cou, je pourrais tout casser, perdre le contrôle. et que ça serait terrible, dévastateur. j'ai essayé [avec mon petit cheval]. et alors ? pas du tout ! j'ai rien cassé du tout. sauf la peur.

je vous laisse avec ça.

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et avec vous demain pour la suite [quelqu'un pourrait-il me dire quoi donner à manger à mes fourmis ?]

du miel ? des bruscheta aux pucerons, une brunoise d'asticots ?

Caesar van Everdingen (1616/1617–1678) [Public domain], via Wikimedia Commons

Caesar van Everdingen : Four Muses [wikimedia]

C’est volontaire, le fait d’écrire moins. Moins de ce qui me concernerait et m’appartiendrait en propre. Même dans mon journal papier, ces temps-ci, je me suis imposé cette contrainte. C’est pour parler plus. Pour dire ce qui me dérange, me heurte, me met en colère [s’il y a lieu]. Pas l’écrire, je veux apprendre à le parler avec ma bouche et avec ma voix.

Mais même l’écrire, certaines affaires, je n’y arrive pas. Je n’ose pas. Ou encore ça sort tout croche, par mottons. Ce billet, aujourd’hui, c’est pour m’exorciser de cette habitude-là. Le pire c’est la colère, parce que j’ai tendance à la retourner contre moi. C’est trop. Trop d’accumulations, et la coupe déborde [« Tremblez, mais osez », me dit A.L. l’autre jour, - c’est le titre d’un livre meilleur que son contenu, précise-t-il]. J’ai un faible pour les personnes aussi intéressées que moi par les titres, mais là n’est pas la question.

Au réveil, j’ai pleuré [encore]. Rêvé à D. J’hésite à écrire ce rêve. Mais en même temps je veux le faire car j’ai peur de l’oublier et je crois qu’il me signale quelque chose d’important pour la psychanalyse [la mienne].

Dans ce rêve, un détail a ramené à ma mémoire le conte du petit garçon changé en cire et emprisonné sous une cloche de verre, exposé sur la cheminée, parce qu’il avait osé goûter une belle poire en cire qui décorait la table de sa mère.

Ce n’est qu’un conte enfantin. L’histoire me fascinait. Je lisais et relisais. Je passais surtout de longues minutes à contempler l’image du petit garçon. Il était tout mignon avec ses joues pleines et son petit t-shirt rayé, il avait à la fois l’air triste et plein d’espoir. Je rêvais de le libérer et de le garder auprès de moi heureux pour toujours une fois que mon petit baiser l’aurait ramené à la vie.

[Est-ce à dire que mon premier amour de petite fille aurait été un personnage de fiction ?]

Quoi qu’il en soit, lorsque j’ai rencontré D. et que je suis « tombée en amour » avec lui, j’ai cru voir et reconnaître en lui plusieurs ressemblances avec le petit garçon du conte. Sauf que je n’ai pas réussi à le sortir de sa cloche de verre. Enfin, un peu, mais ça n’a pas duré.

NON ! Ce n’est pas ma faute ! C’est lui qui n’a pas voulu ou pas pu se libérer de sa peur, de sa honte et de ses dépendances [que je ne nommerai pas : elles n’appartiennent qu’à lui]. N'a rien fait pour protéger l’amour et le faire grandir. Tout fait pour fuir l’angoisse et la lourdeur des responsabilités familiales. Que j’ai dû porter toute seule.

OUI ! Oui j’éprouve tout plein de petits et gros ressentiments. Devrais-je le lui exprimer, après tout ce temps ? Ça me servirait à quoi ? À rien de plus que de le ressentir ou de l’écrire ici. Ça me servirait à rien. Nous ne nous rencontrons plus jamais, ne nous écrivons plus, ne nous parlons plus ni au téléphone ni autrement. C’est fini. Il est ailleurs dans sa vie. Moi aussi. Nous n’avons plus aucune sorte de relation sauf à l’absence l’un à l’autre. Même pas la guerre. Le vent glacial de l’indifférence.

Comme je dérive ce matin. C’est dur. Encore la tristesse. Le ♥ gros.

Allez, petit cheval blanc, allez mes muses, réveillez-vous et amenez-moi dans des contrées intérieures encore inconnues, là où j'inventerai les forces vaillantes pour laisser parler ma colère à l’autre [à tous les autres] avec franchise et fermeté, directement et sans violence. Amenez-moi là où j’arrêterai d’être juge et bourreau pour moi-même à force de me sentir responsable et surtout coupable de tout ce qui dérape et prend le bord si vite en amour comme en amitié [des fois].

Alors ce rêve, ça vient ?

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uand la colère gronde en moi. 

uand la colère couve, bien cachée en-dessous de la couette de mes mélancolies, ou derrière ces peines inconsolables qui me secouent le corps à force de sanglots z-hystériques. 

uand je me sens comme qui dirait éventrée à mains nues, après avoir laissé sortir le méchant chagrin qui m'empoisonne, je retrouve invariablement la pensée de Cioran. Je prends un de ses livres, souvent le même. Je l'ouvre au hasard. Je lis.

De tout ce qui est censé appartenir au « psychique », rien ne relève autant de la physiologie que le cafard, actif dans les tissus, dans le sang, dans les os, dans n'importe quel organe pris isolément. Si on le laissait faire, il démolirait jusqu'aux ongles.

Une chose que j'aime chez Cioran, parmi d'autres, c'est son fond de colère. Aujourd'hui, c'est ça qui me plaît le plus chez lui. Sa colère. Elle me fait du bien. Elle me manquait. Je la désire.

À Saint-Séverin, un choeur italien chante les Lamentations de Jérémie de Cavalieri. Au plus fort de l'émotion, je me dis qu'à la première occasion je réglerai son compte à... Dans les moments les plus « éthérés », je suis invariablement saisi par le désir de me venger sur l'heure d'une offense nullement récente, mais vieille de dix, de vingt, de trente ans.

Moi la colère, j'ai de la misère avec. C'est un sentiment qui me fait mal, qui me fait voler en éclats. Qui me détruit. Qui me tue. Enfin c'est l'impression qu'il me reste quand elle se laisse sortir de ma cocotte-minute intérieure.

Entre une gifle et une indélicatesse, on supporte toujours mieux la gifle.

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Les extraits cités sont de E.M. Cioran : Ébauches de vertige [1979].

La lettrine « Q » provient du site From old books : Initial letter “Q” from . 650 Fabrica... (1543). Un groupe de jeunes garçons nus, chérubins ou angelots [putti] sont occupés à disséquer un animal, peut-être un loup. Dans l'estomac du loup, ils découvrent un mouton.