
Mais puisque, sans porter la bandelette sacrée [de l'épouse], vous avez des maris et voulez les tromper, ayez une servante ou un esclave dont la main discrète porte vos tablettes, et ne confiez pas ce gage de votre amour à un jeune esclave nouveau. Sans doute c'est être perfide que de conserver de tels gages, mais on possède une arme aussi puissante que les foudres de l'Etna. J'ai vu des jeunes femmes que la crainte d'une indiscrétion faisait pâlir, et qui, malheureuses, devaient éternellement conserver leurs esclaves. On peut, selon moi, opposer la fourberie à la fourberie, et la loi permet de repousser les armes par les armes ; que la même main s'accoutume à varier son écriture de plusieurs manières (ah ! périssent ceux qui m'obligent à donner de tels avis !), et il n'est pas prudent de répondre [sur les mêmes tablettes] avant d'avoir bien gratté la cire, pour qu'elles ne gardent pas trace d'une double écriture. Lorsque vous écrivez à votre amant, ayez toujours l'air de vous adresser à une femme ; dans vos billets, dites « elle » où il faut « il ».
Ovide [extrait du Livre III]
[L'image du jour : Photo d'une fresque de Pompéi. Le fichier provient de Wikimedia Commons]