lexique pour journal inachevé
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Pourquoi un Lexique ? Certains font leur portrait ou encore des listes de ce qu'ils aiment ou n'aiment pas. Moi, je m'écris des lexiques. Peut-être par simple besoin de déposer quelques mots importants. Des mots qui revenaient souvent quand j'ai commencé ce journal. Les mots redondants, les fatigants. Ceux qui m'obsédaient un peu trop. Ou encore juste les mots que j'aimais prononcer. Ceux que je détestais ou qui me faisaient horreur, qui me faisaient pleurer, délirer, qui me jetaient dans un trouble terrible. Ceux qui créaient une tension rougeatre, noire, blanche, violette.
Mon Lexique est venu au monde pour recevoir tout cela : la liste des mots, dans la marge, et sur la page, leur définition. Pas celle du dictionnaire. Ou un peu sinon cela ferait un trop gros dictionnaire. Non, je voulais simplement noter la charge, ou le poids de ces mots dans ma vie. Pour dissiper les incohérences et les rapports convulsifs que j'entretenais avec moi-même et les autres.
Et bien sûr, les mots ne sortaient que du journal ; le lien se faisait sur la page quand le mot y atterrissait, de gré ou de force [sic].
Et puis les pages de ce trop volumineux journal se sont envolées et les mots du lexique me sont restés attachés. Avec plusieurs autres que je n'ai pas eu le temps de rapatrier. Et d'autres aussi, à venir, qui s'y ajouteront, ceux de mes lubies, réalités et futilités d'aujourd'hui.
BRUMER. Brumer c'est conjuguer des verbes qui n'existent pas. Dire : je brume, tu brumes, il brume... Sans accent. Je peux ? Je le fais. Ça ne veut rien dire ? Pour moi, dire « je brume » a un sens. Je brume c'est quand je me sens envahie intérieurement de passion et de nostalgie. Savoir d'avance que la brume va se lever et ne pouvoir rien y changer. Rester dedans de toutes mes forces. Brumer c'est m'imaginer que la brume peut empêcher les avions de voler et la guerre d'éclater quelque part dans le monde. Si je ferme les yeux dans la brume en me laissant brumer, je lui donne le pouvoir de changer le cours du mouvement des choses.
ÉPHÉMÈRE. Je rattache le mot éphémère à tout ce qui est fragile et volatile. Papillons, fleurs. Enfant, j'essayais de conserver de l'eau dans une petite cavité creusée dans la terre. L'eau s'enfuyait tout le temps. Peut-être ma première découverte du sens de l'éphémère. Tout ce qui par essence ne dure pas. Un certain attrait ou une passion soudaine et intense. Quelques coups de foudre que j'ai eus. Ce que j'ai toujours pris pour de l'amour. La vie humaine est éphémère. Mon reflet dans une glace est éphémère. La notion de beauté l'est aussi. L'éphémère me tue. Ce mot me remplit l'estomac de papillons et de fleurs. Je l'aime et je le déteste en même temps. L'Ephemera danica publiée le 11 janvier 2001 provenait du site suivant :
http://www.ful.ac.be/hotes/Amisterre/mares/ephemere.htm
Une autre photo d'éphémère, encore plus belle, mais que je ne peux pas copier (droits réservés) se cache à cette adresse :
http://multimania.com/liboupat/Insecdiv/Ephemere.htm.
Je n'ose tout simplement aller voir si les sites existent encore. C'est fou, non ?
FAIM. La faim c'est ne pas manger jamais. Ou manquer régulièrement de nourriture. J'entends par nourriture : les aliments, l'affection, les caresses, le regard, la poésie...
HOMME Âme soeur. L'homme est un être passionné et tendre. Il est vivant. Il éternue dans les courants d'air. Il voudrait voler. Il se tait parfois. Ancré dans l'univers. Maître de « la blancheur de l'aube ».
INTIME. Ce qui fait l'intime dans l'écriture du journal, c'est probablement le va-et-vient entre les détails futiles et ce qui surgit des profondeurs de soi. Je perçois l'intime comme un constant apprivoisement de ce qui est à moi, « le mien », plutôt que de ce qui est moi. Je sais, l'intime, ça va chercher plus loin... j'y reviendrai.
JOURNAL INTIME Un journal intime, je vois ça un peu comme un miroir pour le Moi. Mais je pense que c'est un miroir très dangereux, parce qu'il ne reflète pas la réalité du moi. Il me renvoie plutôt une image brisée en milliers de petits morceaux : je peux devenir plusieurs facettes de la même personne. J'explore seulement cette zone de l'intime partageable : ce qui est mien et qui se donnerait volontiers. J'aime l'idée que cet intime-là soit publiquement dévoilé. Et qu'il le soit avec tout ce qu'il peut contenir d'ambiguïtés : franchement.
MÉLODIE. Son ensorcelant, la mélodie a le pouvoir de m'arracher l'oreille ou de me rassurer.
MOT. Signe. Convention. Le mot est un balbutiement. Un lien. Une grosse malle. Une boîte de Pandore. Bisou. Sourire.
MORT. La mort ne m'intéresse pas. La mienne en tout cas. Ce mot est là. Et il n'est pas là. Quand je suis trop triste, je peux sentir avancer l'ombre de la mort. Elle est en moi depuis le premier souffle. Et je n'aime pas ça. Je ne suis pas de son côté à elle. Je suis trop vivante.
NUDITÉ. La nudité ce n'est pas le fait d'être nu. Mais celui d'être dénudé, ce qui n'a rien à voir. Se mettre tout nu et s'exhiber ne concerne pas la nudité non plus. Seule la véritable mise à nu, en autant qu'elle puisse exister peut révéler la nudité.
Idéalement et pour respecter l'esprit joycien, il m'aurait fallu trois quarks en mp3. Pas trouvé. Alors je mets trois fois le même qu'on pourra faire jouer en canon.
Maintenant, passons aux choses sérieuses, le générique. quark, quark, quark. Par ordre d'entrée en ciel le quark post-moderne se compose d'albatros, d'océanites, de petits pingouins, de skuas, de goélands et de pétrels, de mouettes, sternes, canards, foies gras, macareux, cormorans, pélicans, frégates, fulmars, fous de bassan, rougegorges et autres alouettes, de mergules et virgules, de pouillots et guillemots, de corneilles, de stariques, de poules et de coqs, de coucous, couscous, bernaches, fauvettes, passereaux, geais de toutes les couleurs, de rossignols, rossignols de mes amours, hérons, flamands roses, gygis, mésanges, oies, stercoraires, guifettes, butors, hirondelles, dindes et dindons avec la farce, noddis, rousseroles, plus quelques frégates, grèbes et je demande pardon à ceux que je n'ai pas nommés.
J'apprends à l'instant que dans certains pays, lorsque les quarks devenaient trop vieux ils présentaient une sorte d'aphasie très rare et le choeur s'éteignait. Alors les quarks étaient ébouillantés vivants pour ensuite être suspendus le bec par en bas sur des roues à hélices et mis à griller en tournoyant au-dessus d'énormes bûchers où achevaient de se consumer les sorcières du jour. C'était pour exorciser les démons. Après, on les mangeait pour avoir une belle voix.
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* par extension, le quark sert à désigner la plus jolie particule du physicien
RUPTURE. Le mot se passe de définition. J'ai donc cherché des synonymes, j'en ai trouvé 57. De quoi fragmenter la peine :
abandon destruction désagrégation orage abrogation discorde désunion percée annulation dispute détérioration point mort antagonisme dissension explosion rompement arrachement dissentiment écart résiliation arrêt dissidence éclatement révocation bris dissolution fraction section brisement divergence fracture solution de continuité brisure division froid suspension brouille divorce infraction séparation brouillerie décalage interruption tension cassage déchirement lâchage zizanie cassure déchirure mésentente cessation dénonciation mésintelligence craqûre désaccord nuage
J'avais souligné en gras les mots qui portaient ma réalité du 06.02.2001 et des jours avant. Les autres ne concordaient pas ou si peu avec moi. Tout cela contient une telle violence... Les codes ont disparu. J'ai oublié le reste.
TEMPS. Ce qui est le plus facile à la fois difficile à perdre. Les heures composent le temps et me font toujours défaut. Le décalage horaire. Les mille milliards d'années lumière entre lui et moi. Un souffle.
TORDU. Adjectif. C'est le fait de ne pas être droit. Fondamentalement, ça n'a pas plus de connotation que ça. « C'est tordu » veut dire que physiquement, ce n'est pas rectiligne. On peut avoir un doigt tordu, des cheveux tordus, un dos tordu. C'est souvent synonyme de laideur et on a bien tort de penser que la droiture des objets est la seule façon de faire le beau. Psychologiquement, être tordu signifie que l'on admet que la beauté de la pensée ne se tient pas uniquement dans un esprit droit. J'entends par esprit droit un esprit qui est lisse et parfaitement rectiligne, et pas le fait d'être droit pour dire honnête. Être lisse et rectiligne c'est ne pas s'accrocher aux idées et c'est être borné. Être tordu permet de se mouvoir dans les coins difficiles et on sous entend la mollesse de l'esprit dans ce terme. La mollesse permet de passer partout, de se protéger d'une attaque qui briserait une surface rigide et dure. Toutes les caractéristiques de l'être sont à exploiter à notre avantage et être tordu c'est un fait qu'il faut replacer dans sa valeur initiale. Les mots nous jouent des tours et celui-là aussi car bien entendu, on s'entend sur le sens que nous lui avons construit mais il faut se détacher de ça. Il faut redonner aux mots leur sens qui leur rend leur dignité. « Être tordu » ne se dit pas, mais ça se sent.
N.B. : Il manque plusieurs mots... je me souviens de Fée, Lutin, Amazone. Où diable sont-ils passés. Je chercherai.
Publié le dimanche 8 février 2009 par annie strohem