6 juillet 2001

Hello Script,

La composante extrêmement tangentielle de ton journal, c'est moi. Alors j'y mets la couche supplémentaire, celle qui fait qu'un objet brille dans le noir. J'aime ça. Voilà, je n'en dirai pas plus car cela serait déplacé. Je prends mes lettres en mains et j'agis. J'ai le droit : mon univers c'est moi qui le crée.

Je comprends qu'être soi soit difficile. Répétition, de l'autre, c'est pas une vie. Mais en fait, tu n'es qu'une émanation de celle qui te manipule, un fantôme, un jouet. Et tu n'as le droit qu'à des pseudonymes de rêves parce que tu n'es qu'une pensée qui s'écrit et qui voudrait prendre corps. Tes effluves forment des nuages de brume qui tentent de rassembler les atomes disparates pour prendre un corps de vie. Pas possible. Les signaux électriques ne sont que des électrons et pas des atomes. Alors Script et Lady A. ne feront que des tours de passe passe avec des bols de thé qui ne sont pas vrais mais qui coulent dans les veines imaginaires de tes lecteurs. Encore.

Tu me demandes ou je m'en vais. Si je le savais... Moi aussi je navigue à vue a avec accent, à vue, avec mes erreurs et mes incompréhensions. Et hop ! Je suis pareil à toi sauf que je me déroute moi-même parce que personne ne peut le faire à ma place. Enfin, je dis cela bien que depuis quelque temps cela ne soit plus vrai. On m'aide à me dérouter parce que seul, c'est pas facile. Je suis une bataille contre moi-même et je laisse les autres dans leur bataille, entre eux, comme toi.

Égoisme pur. Non. Et puis peut-être.

J'ai le sentiment d'être à la fois une tartine qu'on salit comme un paillasson en entrant dans la vie, tout autour de moi. Et j'ai aussi l'impression d'être un parapluie qui protège l'entrée de la caverne, autour de moi. C'est pareil, sans dessus, sans dessous. Et j'irai jusqu'au bout. Je lirai ton journal jusqu'à crever de désespoir ou de bonheur. C'est-à-dire que je ne me permets plus de rester neutre quand je lis. J'expulse vers le dehors, je crie dehors, par la fenêtre, comme une Scribouilleuse avertie en vaut deux tu l'auras. Et dehors, chez-moi, il n'y a personne. La nuit, oui, l'espace, aussi. La piscine de mes songes. J'y trempe jamais le doigt, c'est interdit. Je sors dehors, j'hume l'air en rentrant chez moi. Pas facile. Dehors, c'est là qu'il n'y a personne. Toute ma vie se fait en dedans et mon exploration commence quand je veux regarder ce que le dehors me réserve.

L'autre jour, sur le quai de la gare, j'ai fait deux bises à la disjonction. À notre disjonction. Elle est partie.

Bisous,

Jack


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