12. Terdag Lingpa (1646-1714)

Conseils pour soulager la douleur de la noble dame du nom de Sonam Paldrön, originaire d'Oukpa Loung. [1]

« Namo guru ratnaya ! »

« Hommage aux Maîtres et aux Trois Joyaux ! »

« Mon esprit étroitement uni
À celui du maître immensément bon,
Je supplie celui-ci de faire pleuvoir sur nous
L'ondée de ses bénédictions
Pour que toutes les circonstances douloureuses
Se libèrent spontanément dans la grande félicité.

« L'alternance des pensées
De bonheur et de souffrance, de désir et d'aversion,
N'est rien d'autre que le jeu
De la lumineuse vacuité de l'esprit [2]
Sans altérer ce qui se manifeste,
Contemples-en la nature,
Et tu le percevras comme grande félicité.

« Tandis que tu disposes de cette existence humaine,
Applique-toi tout entier à pratiquer le Dharma suprême.
Les mille choses à faire qui n'ont jamais de fin,
Ces distractions ineptes, dépourvues de substance,
Délaisse-les toutes complètement !

« Tandis que tu as soumis un adversaire,
Mille autres restent encore à vaincre.
Écrase plutôt, dans ton esprit, les ennemis
Que sont les émotions négatives.

« Parents et amis ont beau s'entendre,
Facilement surgit la discorde.
Ceux qui dans cette vie sont nos proches
Sont aussi causes de tourments.

« Il se peut que tu t'enrichisses,
Mais tu auras du mal à t'en contenter ;
Savoir trancher le noeud de l'avidité,
Voilà qui est bien plus essentiel.

« Lorsque te trompent ceux auxquels tu te fiais,
Que ton coeur s'en remette aux indéfectibles Trois Joyaux !

« Désespérée par la perte d'un enfant adoré,
Comprends clairement la nature ultime de ton affliction,
Et demeure l'esprit libre et ouvert,
Dans l'espace de l'indescriptible vacuité lumineuse.

« Il est absurde d'entretenir l'attachement et la haine
Envers les êtres des six mondes
Auxquels nous lient de profonds liens de parenté.
Prendre conscience qu'ils sont tous égaux,
N'est-ce pas en soi une grande libération, une grande béatitude ?

« Toutes les situations heureuses ou malheureuses
Sont, dans l'essence de l'esprit en soi, libres de fabrications mentales,
Semblables aux arcs-en-ciel qui n'altèrent point le ciel.
Laisse toute chose dans le vaste espace libre d'attachement ! »

Notes

[1] Ce texte du grand maître tibétain et révélateur de trésors spirituels de l'école Nyingma, Minling Terchen Gyourmé Dorjé (smin gling gter chen gter bdag gling pa 'gyur med rdo rje, 1646-1714), je l'ai découvert dans ce livre de Matthieu Ricard, et recopié intégralement et le plus fidèlement possible : Chemins spirituels, Petite anthologie des plus beaux textes tibétains, publié en 2010.

[2] Ceci se réfère au fait que, ..., l'esprit n'est pas une entité douée de réalité concrète. Il n'est cependant pas un pur néant et possède une qualité « lumineuse » de connaissance.