11. le vert et la démolition

J'ai appris à mes dépens ce que voulait dire Francis Scott Fitzgerald lorsqu'il écrivait [dans La fêlure, si mon souvenir est exact] que « La vie est un lent processus de démolition. »

Phrase qui m'a longtemps embêtée sinon obsédée, et que j'avais même recopiée dans ce journal à un moment donné, et ce matin je n'ai pas la moindre envie de lancer une recherche pour la retrouver. Pardonnez.

Terrible. Ce que l'on a l'habitude de nommer « la vie » vous démolit implacablement et à grands coups furieux comme les vagues déchaînées des mers d'orage, érodant peu à peu les rocs de la côte, le processus de démolition est à l'oeuvre et vous ronge un peu plus à chacun des coups durs.

Personne n'en sort ni n'en sortira vivant. Certains semblent éprouver moins de souffrances que d'autres. Sont moins angoissés, moins démolis. Ils vont mourir pareil. Jaunes.

Hier j'ai fait quelque chose d'excellent. J'ai commencé à relire le chapitre « Les étangs » de Walden ou la vie dans les bois, livre écrit par Henry David Thoreau dans les années 1850 sous le titre Walden. Décidément, ce livre me suit partout. Et loin. Il ne cesse de m'étonner et me permet de découvrir l'essence perdue de ce monde. Je l'ai toujours ramené sagement à la maison, cet indispensable bouquin, proche du coeur.

Je ne sais pas pour vous mais moi, je suis parfaitement et indiscutablement et profondément écoeurée de la politique américaine étatSunienne, que ce soit à la radio, à la télé, dans les journaux ou dans quelques blogs sérieux sur le web, tous, je dis bien tous les échos petits et grands qui parviennent jusqu'à moi dégagent un arôme fort dégoûtant. Je cherche au fond de mon coeur pour y trouver de la compassion, Il en faut, on en a besoin sinon on va se mettre à les haïr et ce ne sera pas beau du tout. Compassion ne rime toutefois pas avec laisser faire. Loin s'en faut. C'est même tout le contraire.

Hier soir, début de mal de gorge. Une bonne raison pour essayer un grog avec quelques gouttes du précieux liquide reçu en cadeau un samedi soir : « Élixir de Chartreuse », dans une petite bouteille ronde en verre enfermée elle-même dans une autre bouteille en bois venue directement de France dans la valise de C. qui y avait passé quelques semaines l'été qui vient de finir. La savante mixture à base de plantes est verte. Elle sent un peu l'Absorbine Junior [liquide verdâtre avec lequel mes vieux parents se frictionnaient les muscles endoloris quand j'étais petite, ça sentait fort et c'était à base de plantes ça aussi et j'ignore si cela existe encore mais si oui, j'irais bien m'en acheter une bouteille et pas pour la boire...]

Bref, sur l'étiquette de l'Élixir il est écrit : [62% d'alcool - je recopierai le reste demain], car pour revenir aux traditions des débuts de ce journal, il me faudra recopier les étiquettes des petites bouteilles précieuses...

Ce que je vais faire aujourd'hui ? Je ne sais pas. Mais pour commencer j'écrirai ma recette de grog et ses résultats qui se lira comme suit : Vous versez le jus d'un demi citron et quelques cuillerées de miel dans une tasse, vous ajoutez de l'eau bouillante et ensuite vous baptisez d'une petite cuillerée à café d'Élixir de Chartreuse. Dégustez bien bouillant. Relaxant mais pas trop. Donne un peu chaud mais pas trop non plus. Augmente le mal de gorge après. Et sortez vos mouchoirs. Mais ce matin : mal de gorge totalement disparu. En forme et pleine d'énergies.

Fait quelques recherches : l'Élixir de Chartreuse ne se vend pas à Montréal. Alors quand ma bouteille de XX ml sera vide, faudra aller m'en procurer en Chartreuse ! C'est pas à'porte.