10. jaune, vert, rose et fuchsia

Le premier jour de juin 2018, tout s'est arrêté. J'ai hurlé, crié. Ça n'a rien changé. Je ne sais pas encore comment je me suis retrouvée debout à faire tout ce qu'il fallait pour continuer à vivre. Consoler. Prendre soin. Aimer. Tenir. Et puis je me suis effondrée.

Je crois m'être décomposée d'horreur sous un grand ciel noir corneille. On dira que je n'étais pas aussi forte que je le croyais. On dira et on pensera bien ce qu'on voudra, cela ne me concerne pas - ou plus. Il faisait beau et chaud pour vrai et le ciel de l'été 2018 fut le plus lumineux et le plus ensoleillé qui fut, parmi tous mes étés passés. Alors je me suis plongée dans le travail.

Je ne croyais en rien, ni en personne. J'avais il y a des mois de cela acheté Le livre des morts Tibétain, traduit directement du tibétain au français, un énorme et magnifique ouvrage que j'avais lu en diagonale avec l'idée de m'y plonger un jour [comme j'ai fait avec Proust]. Donc j'avais ce livre et chaque jour je le prenais et il s'ouvrait sur une page qui me faisait du bien à lire et je la lisais à haute voix. Un moine bouddhiste a suggéré quelques textes que j'ai lus pendant 50 jours, des pages et des pages, devant un petit autel à Bouddha et des bougies, de l'encens et un mandala. Après je ne sais plus, j'étais partie si loin que je ne m'y retrouvais plus moi-même et le chemin du retour. Ça a été l'automne et il a fait encore plus chaud, plusieurs jours à étouffer. Octobre, la pluie. Des chrysanthèmes fuchsia déposés pieusement au pied d'un sapin plus vieux que moi.

En plein coeur de l'été j'avais aperçu au loin devant moi une première porte - si immatérielle que je l'ai peinte en jaune clair. Bien à l'abri derrière [ou devant ?] ma porte jaune je pouvais recommencer à respirer un peu. Et j'ai médité : en expirant doucement, tsouuuu... je me dissolvais, je sortais ce qui brisait en miettes et la peur, la colère. J'inspirais après __ ça se faisait tout seul. Toujours doucement, j'ai laissé entrer la couleur rose. Et puis est arrivée une somptueuse lumière blanche à la toute fin d'octobre. Comme liquide, mais aérienne en même temps. Avant on buvait du vino verde dans des coupes cristallines. Et de l'eau claire comme celle qui coulait sur les roches. Fraîche.

C'était bon de respirer les roses rouges. Mais il y a des jours, j'oublie. Tout redevient noir. Comment faire pour continuer ? Me rappeler ce que tu avais écrit. Relire. Petit à petit. Avec le temps. Un autre jour j'ai lu un article de journal, ça disait qu'il valait mieux ne pas voir une épreuve ou n'importe quel gros problème de la vie comme un obstacle qui empêche d'avancer mais le voir et se dire que cette chose là fait désormais partie de soi et que c'est précisément cela qui permet de continuer. J'ai essayé et ça n'a pas marché. Tout ce que j'ai essayé, c'est fou. Certains jours c'est juste continuer è respirer. Manger une peu. Et puis le goût et les odeurs reviennent. Il était beaucoup plus grand que moi et il m'a serrée dans ses bras. J'ai eu très mal dans la région du coeur.

Quand au siège de Bouddha, j'ai lu qu'il a été dessiné au temps il y a bien longtemps quand le premier Bouddha existait, il ne voulait pas que l'on dessine ou peigne sont portrait (par humilité je crois) alors pour le représenter, les illustrateurs du temps ont imaginé faire un mix avec les 8 signes auspicieux (de bon augure) dont il a été question dans les pages précédentes de ce 13e Volume de mon journal [les pages 1 à 8, je crois]. Voici l'image du trône que l'on peut voir dans plusieurs représentations bouddhistes avec l'un des nombreux Bouddha que l'on connaît assis dedans. Il semble même que chacune des parties du trône représentait une partie de son corps.

Capture.jpg

[c'est triste, j'ai oublié de noter où j'ai capturé cette image, dans quel livre sur le web ai-je donc fait cette capture d'écran ? Je vais chercher et je reviens... et avec quelques mots de plus sur tous ces signes et symboles.]

Ce que je vais faire aujourd'hui mercredi 14 novembre ? À bientôt 11 heures du matin et après m'être préparé un 2e bol de café au lait tout à l'heure, j'avoue que je ne le saurai pas encore. L'autre samedi soir, j'ai perdu une tour. La tour blanche. En bois. A fallu qu'on enlève la noire. C'était très embêtant. Comment jouer, même contre soi-même, avec deux tours manquantes ?

Aujourd'hui, je chercherai encore la tour blanche. Ferai peut-être un peu de ménage, testerai-je enfin ces deux recettes de Tofu brouillé [défense de penser «beurk», paraît que c'est très bon avec du pain grillé et une petite salade].

Disparaître n'est pas une solution. Discipline. Une page chaque matin, ou chaque soir. À chaud. Quitte à y mettre trois jours à l'écrire __ et à la publier cinq jours plus tard. Ou une fois que j'aurai retrouvé la tour de mon jeu d'échecs. Disons.