15. comment faire son vin rouge dans la cuisine/1

Hier, j'ai dû prendre une sérieuse décision. Plein de grappes de raisins pendent sous les vignes qui ombragent ma terrasse et ils sont tellement murs qu'ils commencent à tomber un par un. Les oiseaux et les écureuils grappillent sans relâche et se les arrachent. Il m'en dégringole tout plein sur la tête. Ça écrase sous les pieds, tache la table, les chaises, les coussins. Joyeuse pagaille.

La récolte de cette année est généreuse et les raisins sont dodus et excellents, quoiqu'un peu aigres. Il semble que ce soit des raisins de table. Ils sont bleu foncé et ont des noyaux ; la peau est assez ferme, donc il faut en manger beaucoup pour se sustenter.

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À date, ces petites baies pareilles à des gros bleuets du Lac Saint-Jean ne m'ont pas laissé chômer. Après avoir transformé une partie de ma récolte en jus [au total 1 litre de jus concentré congelé] et en gelée [6 pots Mason de 250 ml], je me suis dit ça suffira pour cette année.

Hier, je me suis donc retrouvée placée devant la question du jour : quoi faire avec le reste de ces raisins-là ? Les vendre : Pas question ! Les donner : À qui ? Y'en a beaucoup trop. Les jeter au compost ? Pur gaspillage. Autant essayer d'en faire du bon vin. Sauf que j'ai déjà joué à ce jeu-là [vers 2007, si ma mémoire est bonne] et la piquette était imbuvable. J'avais fait l'erreur de ne pas ajouter de sucre, ni de levure, rien. Par pur entêtement. Ou mauvaise recette. C'était pauvre en alcool et ça sentait la peinture à l'huile. Beurk. Personne a voulu en boire, à commencer par moi. Trop peur de m'empoisonner...

Hier, donc. j'ai fouillé les livres et sites de recettes. Adaptons, me dis-je. Et notons tout dans le journal le temps que durera l'expérience.

Jour 1

samedi 19 septembre 2015 :

Cueillette, égrappage et tri des raisins. Bien murs.

Écrasés à la main. Pas lavés, pour conserver les levures naturelles sur la pulpe.

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Avec le moût obtenu, j'ai pu remplir ma grosse jarre à cornichons de 3 gallons, dénichée à la Quincaillerie Dante il y a quelques années, jusqu'à 8 cm du bord. Hé Hé. Jarre bien lavée et rincée avec de l''eau bouillie 5 minutes au préalable.

Ayant sorti mon sécateur et le grand escabeau vers la fin de la matinée, j''ai grimpé [maudissant les araignées et leurs toiles invisibles qui se collaient dans mes cheveux], j'ai vendangé, puis j'ai égrappé et écrabouillé les fruits des vieilles vignes presque tout l'après-midi.

Ajouté 2 kg de miel et bien mélangé avec une longue cuillère en bois.

Fermé la jarre avec une serviette de table en coton maintenue par un élastique, ce qui sert à laisser passer l'air et empêcher les insectes, tout spécialement les drosophiles [formerly known as mouches du vinaigre] de contaminer le vin — il suffit seulement que l'une de ces mini bestioles touchent à votre vin pour le faire tourner en vinaigre, parait-il. Et même si cette théorie n'était qu'une légende urbaine, je ne prendrai aucune chance : dehors les drosophiles !

Placé la jarre dans l'armoire près du congélateur [au chaud] pour macération tranquille.

Brassé 1 fois en soirée.

Appris que le brassage est important - à faire chaque jour, toutes les 4 heures, durant la phase de fermentation - pour faire entrer de l'air dans la mixture, car l'air est nécessaire à l'activation des levures. De plus, le brassage permet au jus, qui est dans le fond de la jarre, d'entrer en contact avec les substances contenues dans le chapeau en surface [pelures, pulpe et pépins], levures, tanins, etc. Enfin, c'est ce que j''ai compris et retenu du processus à date.

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Jour 2

dimanche 20 septembre 2015 :

10h00 : Brassage du matin. Bon petit goût sucré. Jus rouge clair presque rosé. Petits bouillons en surface après brassage [ça ressemble davantage à de l'écume qu'à des levures]. Je ne crois pas que la fermentation soit déjà commencée.

Midi : Jeté les rafles et les raisins pourris au compost.

Fin de ce billet. La suite plus tard aujourd'hui.

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Mises à jour :

14h20 : Brassage fait mon capitaine. Rien vu d'anormal. Ça sent bon.

Minuit : Brassage fait. Sauté le brassage du moût prévu vers 18h. Le tout ressemble à une grosse soupe [je ne vois plus de démarcation entre le jus et les raisins]. Pas de panique. Remise en question de la fréquence/nécessité de remuer la mixture aussi souvent. Explications demain, si j''arrive à comprendre ce qui se passe.