la mouette en amour

la mouette, 10 juillet 2012

Celle-là, je l'ai photographiée sous tous les angles. C'était le 10 juillet, à Trouville. Elle habitait sur la cheminée. Il pleuvait tous les jours. Elle miaulait comme un chat. Je me disais, elle doit être en amour pour miauler comme ça. Aussi fort.

C'était dans ma minuscule chambre d'hôtel qui donnait sur la cour. Par la fenêtre, je regardais la mouette et les vignes vierges. Elle partait. Mais revenait toujours. Souvent, elles étaient plusieurs. Je ne voyais qu'elle, la mouette en amour.

J'avais mon portable avec moi, mais le wifi ne fonctionnait pas très bien. Trop lent. Je n'arrivais pas à rester connectée assez longtemps pour écrire tout un billet. Je sais, j'aurais pu l'écrire, travailler hors ligne et le publier après, mais c'est pas pareil. J'ai l'habitude d'écrire live. Quitte à revenir et corriger quand ça cloche. Ou que j'ai dit trop de bêtises. Ça me gêne pas.

Jamais songé ou cru que j'étais parfaite. Jamais prétendu l'être non plus. Ça serait tellement désolant. Et pathétique.

Les monsieurs et les madames parfaits me dégoûtent de l'espèce.

Tout ça pour dire que j'ai rempli un gros cahier, 200 pages manuscrites. Journal. Encore. J'écris pas autre chose ces temps-ci. Pas le temps. Je nettoie, gratte, plâtre, ponce, peinture, vernis, aère. Toute la maison, murs et plafonds. J'ai fait la cuisine, et toutes les autres pièces. Je ne fais pratiquement que ça depuis mon retour de France. Des fois je dis que je travaille comme un homme. Il y a des jours, c'est dur en chien. Ils travaillent fort, les hommes de la construction. C'est un travail très dur pour le corps. Faut leur reconnaître ça. Moi, ça me pue au nez de le faire, mais je le fais pareil. En ce moment, j'ai bien demandé de l'aide, mais personne n'a le temps. Et j'ai pas d'argent pour payer un homme. Je mets un petit foulard pour protéger mes cheveux, enfile du vieux linge pas beau et je prends mon courage à deux mains [pour le courage, c'est pas vrai que je le prends à deux mains, si je faisais ça, je ne pourrais pas tenir mon marteau]. J'achève de retaper mon futur bureau. Il restera ma chambre. Et dehors. J'ai commencé à corder mon bois dans une remise, la plus bizarre des remises à bois jamais vue. Pour les remises à bois, j'ai pas trop de fierté. Dans ma chambre, je peindrai deux murs et deux portes en bleu provençal, une sorte de bleu pâle tirant vers le turquoise. Mes rideaux sont en velours rouge. Le reste est blanc [écru]. Le lit en métal noir. Une armoire en bouleau. Un tapis [imitation de tapis persan] avec du rouge et plein de couleurs.

J'aurai bientôt plus de temps pour ce journal en jachère. Le reniper un peu, répondre plus assidûment aux commentaires. Mettre un peu plus de vie dans cette affaire-là. Il y a tout plein de pages de journal papier que j'ai envie de vous confier. Pourquoi pas ?

– Mais encore. Pourquoi recopier, me direz-vous ?

– Parce que j'en ai envie.