Moulin-Vieux

Mercredi 27 juin,

En France depuis hier. Impression étrange, après une sieste suivie d'une nuit, toutes les deux longues et reposantes, que je suis là depuis une semaine au moins.

Jusqu'à samedi, je vivrai dans une très jolie maison ancienne, magnifiquement restaurée, en pleine campagne, avec les Charolaises dans le pré d'à côté, une presque infinie variété d'espèces différentes d'oiseaux et de fleurs.

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Je suis à Moulin-Vieux, en Isère.

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Ce matin, nous avons fait quelques emplettes au marché de Saint-Savin où le hasard nous a fait rencontrer plusieurs personnes fort intéressantes.

Je me suis surprise en train de raconter l'histoire de « notre » Madeleine de Verchères, telle que je l'ai apprise dans les livres d'Histoire à l'école. Ça doit être la faute au décalage horaire, d'habitude je ne dis pas un mot en public.

Tout ça parce que le maire du village venait de m'apprendre que la municipalité de Saint-Savin est jumelée à la ville de Verchères au Québec, et que les deux municipalités s'échangent visites de courtoisie et autres civilités depuis quelques années déjà. Monsieur le maire avait l'air de connaître un peu l'histoire de mademoiselle Madeleine de, bien qu'il ne soit jamais allé à Verchères.

À ma grande surprise, il m'a raconté à son tour que Madeleine de Verchères était la fille de François-Xavier Jarret de Verchères, lui-même originaire de Moulin-Vieux, plus exactement d'un petit bourg qui porte le nom de Verchères, tout près de l'endroit où nos amis habitent.

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Au retour, je suis allée arroser les fleurs et en photographier quelques unes [en passant, j'ai mis le pied gauche dans les orties], une vue du château de Montcarra, une serre presque identique à ma petite serre miniature, d'autres fleurs encore, et les vaches.

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Chose étrange, dès que j'avais entendu prononcer le nom de Moulin-Vieux à mon arrivée hier matin, j'avais ressenti une émotion fort étrange que je ne reconnaissais pas, et quelque chose s'était mis en mode « alerte recherche » dans ma mémoire. Sans rien trouver. Eh bien, voila ! [comme ils disent par ici avec leur si bel accent].

Question accent, c'est toute une autre paire de manches. Pour plusieurs ici, il n'y a que les Québécois qui en ont un, alors que si je mets dix français dans une pièce, ils auront dix accents différents, chacun vin et chacun plat régional [le meilleur]. J'en aurais long à écrire là-dessus.

L'accent, et surtout la parlure québécoise, suscitent par ici des réactions mitigées. Certains vous snobbent comme si vous étiez une parfaite demeurée, car selon eux, vous marmonnez. D'autres vous complimentent parce qu'ils adorent ça. D'autres vous font la leçon à n'en plus finir et veulent à tout prix vous corriger et vous faire pronocer les mots exactement comme eux, comme s'il y avait une façon unique de s'exprimer en français : « - mais on ne dit pas comme ça, on dit comme ça », avec le vibrato d'énervement haut perché dans la voix [ça me fait rire aux larmes] alors qu'ils comprennent très bien ce que vous voulez dire. C'est comme ça que je les aime. Mais je garde mon accent.

charolaises

Bref, tout dépendant avec qui je parle, je pourrais me sentir banale ou originale, exotique ou du pays, étrangère ou cousine, rafraîchissante ou chiante, drôle ou pénible, géniale ou tout à fait imbécile. Mais je ne serai jamais que ce que suis. C'est-à-dire moi-même. C'est-à-dire un peu de tout cela. Fiou.