les petits rubans

Déjà mars. Et comme on dit, le temps file. J'accroche des petits rubans mauves partout pour ne pas oublier les choses à faire avant de partir. 

Je prépare un beau et long voyage. Le premier petit ruban, je l'avais glissé entre les pages de mon agenda, fin décembre. C'était un peu avant l'année du violet. Loin de me douter jusqu'où ce petit ruban mauve me conduirait. 

mon agenda 2012 et son petit ruban mauve

mon agenda 2012 et son petit ruban mauve

Dimanche matin, désir de reprendre l'écriture mise entre parenthèses quelque part en janvier ou en février, de renouer le fil cassé au point X, là où la cassure s'était produite. J'avais écrit une trop longue page de journal que je ne publierai pas. À moins d'y réfléchir encore un peu. 

Laisser mûrir la fin. Revoir et révéler une partie du début, lorsque je contemplais ce désir avec patience, lorsque je le regardais pousser comme la pâte à brioche pétrie le vendredi soir, dans une  bonne odeur de lait chaud, de sucre roux et de levure. 

Pourtant joyeuse de recommencer, je me sentais un peu triste, me disant : c'est impossible de continuer mine de rien, de reprendre les mots comme si c'était le lendemain du jour où je les ai laissés en plan. Ça n'aurait pas de sens.

Quelque chose en moi se rebellait, et refusait. Je savais que j'aurais pu reprendre le journal si je m'étais lancé un défi, ou mieux, posé une solide et incontournable contrainte d'écriture, une ou deux pirouettes littéraires. Ou une injonction intérieure du type « faites ceci, c'est pour votre bien ». Des fois, ça fonctionne. C'est comme se forcer à être positif et de bonne humeur. Et le dire, naïvement, ce qui ne convaincra personne d'autre que les convaincus de la méthode Coué.

Je crois que le fait d'exprimer autre chose [émotion, sensation, sentiment...] que ce qui vous habite vraiment produit un discours à côté du sens, faussé et forcé. Tu lis ça et tu te dis, c'est ben beau, ben écrit, mais qu'est-ce que ça cache, ce son de vieille cloche fêlée, pourquoi c'est là, qu'est-ce que c'est supposé toucher en moi ? Rien. Tu n'apprends rien d'autre que l'art de se mentir à soi-même. Ça cache bien du malheur et du noir, je n'en doute pas, mais c'est porté par une intention tellement louable que je ne peux pas juger et encore moins condamner. 

Car la personne qui se force pour écrire « positif » se juge et se condamne elle-même. Pas besoin d'en rajouter. Refuser de s'apitoyer sur son sort et de gémir et « se montrer positif » quand tout en soi s'écroule en lamentations, ça doit être horrible. C'est horrible, je peux en témoigner. Je faisais ça quand je refusais d'écouter ce qui se tramait en dedans. Peur de m'écrouler, peur du rejet. Peur, peur, peur. 

Sauf que, entre faire pitié dans son journal ou écrire comme si c'était tous les jours fête au village, entre les extrêmes du bonheur et du malheur, se trouvent toute une gamme de sentiments, d'humeurs, d'émotions qui se cherchent une place au soleil.

Pour en revenir à mon sujet, je ne trouvais pas de réponses à mes questions. 

Je me disais que cette histoire de renouer le fil cassé ou laissé en suspens n'était qu'une image. 

Ce damné fil existe nulle part ailleurs que dans l'imaginaire, on se le représente pour rendre tangible ou donner une forme à la réalité ou à quelque chose qui n'en a pas. Ce fil est donc fictif. 

Désir d'abolir les images. D'exploser la métaphore. De faire la peau aux adjectifs [encore une image ;-((].

Et si le fil du temps n'existe pas, est-ce à dire qu'Il n'y a pas eu rupture, cassure ? Oui et non. 

Il n'y a que les petits rubans, c'est tout ce qui compte. Aujourd'hui.

Une fois de plus, dimanche matin, j'avais avancé d'une heure toutes les horloges de la maison, sauf celles qui sont assez intelligentes pour le faire toutes seules. 

Après, je m'étais préparé un plateau et j'avais déjeuné en paix dans mon lit. N'était-ce pas dimanche ?