176. méditation zen

Bonne nouvelle. Je me suis enfin trouvé un centre Zen. Et la première séance, fa-bu-leu-se-ment bénéfique. Ce n'est pas un grand centre. Il y a un petit jardin, un zendo [un zendo c’est la place où on s’assit pour méditer] avec des grands coussins carrés placés en rangs d’oignons en deux rangées qui se font face, par-dessus les grands coussins carrés il y a des plus petits coussins carrés surmontés de coussins ronds très épais [le zafu] à glisser sous les fesses, ça aide à maintenir le dos droit, il y a un beau plancher ciré en planches de pin larges de quinze pouces au moins. Et au bout du zendo, sur une longue table de réfectoire où je m'attendais à voir un gros Bouddha, il y avait une statue de Kanzeon, le bodhisattva de la compassion. 

Ce centre appartient à l'école japonaise du Rinzai, selon l'esprit et le style enseignés par Kyozan Joshu Sasaki Roshi. Le maître est très vieux [au moins 915 ans ;-)] et vit en Californie ; c'est lui qui a « transplanté » le Zen Rinzai en Occident. J’ai vu sa photo sur le mur. J'ai ressenti là-bas un bon silence pas lourd, un silence accueillant. Et un parfum d’encens, léger. Je ne dirai pas où c’est. Pour ne pas dissoudre complètement toute la joie de ma trouvaille en la diffusant aux quatre vents. C’était la première fois samedi. J’ai appris plein de choses. Et ce n’est pas fini.

(The famous Chinese Zen master Yunmen Wenyan (Jap. ''Ummon Bun'en''), 862-949. Wikipedia : Marudubshinki

vous. - Mais pourquoi tu médites pas chez-vous, me direz-vous.

moi. - Ben parce que chez-nous, j’ai essayé, et ça marche pas.

vous. - Pourquoi ?

moi. - Pour des tas de raisons : parce que je me laisse distraire par toutes sortes d’affaires, parce que la maison n’est pas organisée pour ça. Parce que le téléphone, les bébelles sur les murs, les meubles, les choses à faire, les odeurs de cuisine, l'ordi, les livres, les mouches à fruits, les contingences du quotidien, name it.

vous. - Mais encore ?

moi. - C'est une blague ou vous voulez la vérité vraie comme dans la tévéréalité ?

vous. - C'était pour rire. Mais tout de même. Pourrais-je vous te la demander [sans intentions d’intrusion ni de voyeurisme] ?

moi. - Mais certainement. Vous savez bien que je réponds toujours à toute vos questions ! C’est parce que je sais pas comment...

vous. - Vous Tu ne sais pas comment quoi ?

moi. - Je ne sais pas comment faire ce dont je vous parlais. Ça me paraît évident.

vous. - Mais tu ne me parles pas. Ni moi non plus. Tu écris. Ce n’est pas pareil.

moi. - En ce moment, si. C’est pareil. Lorsque je vous écris exactement comme je vous parlerais, l’écrit prend fonction de parole.

vous. - Si vous voulez tu veux. On va pas se mettre à chipoter sur des détails. [C'est gênant pareil de tutoyer quelqu'un qui vous vouvoit] Ma question c'était : pourquoi vous ne pouvez pas méditer toute seule chez-vous dans votre maison.

moi. - Je vous l'ai dit : je ne sais pas comment faire pour méditer.

vous. - Oui, mais pourquoi voulez-vous absolument faire de la méditation ?

moi. - Je veux méditer pour me vider l'esprit, je pense trop. J'ai trop de pensées qui me passent par la tête. Ça peut devenir polluant, à la longue. Se vider l'esprit de plein de pensées et d'émotions parasites, c'est une question d'hygiène. Sachez que je ne suis pas du tout dans une recherche de spiritualité ou d'ésotérisme. Je ne cherche pas de maître ni de gourou, j'ai juste envie d'apprendre à méditer. Et le zen, c'est la méditation. C'est pour mieux me relier à la terre et au monde, me centrer, etc. C'est pour ça que j'ai finalement décidé d'apprendre le bouddhisme zen. C'est pas pour magasiner une patente qui vous fait déstresser, maigrir ou vous sentir mieux. D'abord j'ai pas besoin de maigrir et je vais très bien dans ma tête et dans mon corps [sans vouloir séparer l'esprit du body non plus car l'un ne va pas facilement sans l'autre]. Et puis il y a une part d'inconnu dans ce désir-là. Une voie qui m'a toujours intéressée.

Ainsi donc, pour en revenir à samedi dernier, j'ai appris que le zazen, c'est la posture de méditation, oui, mais c'est aussi juste une façon de s'asseoir. Rien d'autre [pour le moment]. Sauf que aille aille aille, ça donne mal aux jambes, j'aurai besoin de faire des étirements et de reprendre le yoga.

Ce qui me plaît là-dedans c'est la notion d'unité corps esprit dans une présence totale à l’espace-temps : ici et maintenant.

Bien que je savais que le Bouddhisme Zen ne s'apprend pas en parlant mais en méditant, j'avais lu un peu sur le sujet tout de même, ce qui fait que je suis arrivée là avec mes questions.

À la question : comment arrêter de penser quand je médite ?

Le moine répond : quand une pensée s’annonce, simplement la regarder et la laisser passer doucement, doucement. La regarder très brièvement. Éviter de la contempler car alors l’esprit en pondrait une autre, puis une autre et il construirait ainsi toute une histoire. L'esprit est fort pour construire des histoires.

moi. - La chasser, alors ? La contrôler, ou alors l’accueillir ? Non. Car cela impliquerait une forme de jugement.

lui. - Méditer n'implique aucune « action », ni sur la pensée, ni autrement.

moi. - Je pense que j'ai compris.

Qu’est-ce que j’ai retenu d’autre ?

Que ce n’est pas là que je vais intellectualiser bien longtemps et c’est tant mieux.

Que si j’ai une question à poser, j’attendrai.

Le silence règle tout.

Après le silence, je n'aurai peut-être plus de questions.

Le moine a préparé et servi le thé dans de tout petits gobelets en porcelaine blanche.

Chacun des pas, chacun des gestes prenait, dans cet univers-là, une signification en relation avec soi, les autres et le monde autour, comme un coup de pinceau sur une toile blanche.