140. alors, ce rêve

Caesar van Everdingen (1616/1617–1678) [Public domain], via Wikimedia Commons

Caesar van Everdingen : Four Muses [wikimedia]

C’est volontaire, le fait d’écrire moins. Moins de ce qui me concernerait et m’appartiendrait en propre. Même dans mon journal papier, ces temps-ci, je me suis imposé cette contrainte. C’est pour parler plus. Pour dire ce qui me dérange, me heurte, me met en colère [s’il y a lieu]. Pas l’écrire, je veux apprendre à le parler avec ma bouche et avec ma voix.

Mais même l’écrire, certaines affaires, je n’y arrive pas. Je n’ose pas. Ou encore ça sort tout croche, par mottons. Ce billet, aujourd’hui, c’est pour m’exorciser de cette habitude-là. Le pire c’est la colère, parce que j’ai tendance à la retourner contre moi. C’est trop. Trop d’accumulations, et la coupe déborde [« Tremblez, mais osez », me dit A.L. l’autre jour, - c’est le titre d’un livre meilleur que son contenu, précise-t-il]. J’ai un faible pour les personnes aussi intéressées que moi par les titres, mais là n’est pas la question.

Au réveil, j’ai pleuré [encore]. Rêvé à D. J’hésite à écrire ce rêve. Mais en même temps je veux le faire car j’ai peur de l’oublier et je crois qu’il me signale quelque chose d’important pour la psychanalyse [la mienne].

Dans ce rêve, un détail a ramené à ma mémoire le conte du petit garçon changé en cire et emprisonné sous une cloche de verre, exposé sur la cheminée, parce qu’il avait osé goûter une belle poire en cire qui décorait la table de sa mère.

Ce n’est qu’un conte enfantin. L’histoire me fascinait. Je lisais et relisais. Je passais surtout de longues minutes à contempler l’image du petit garçon. Il était tout mignon avec ses joues pleines et son petit t-shirt rayé, il avait à la fois l’air triste et plein d’espoir. Je rêvais de le libérer et de le garder auprès de moi heureux pour toujours une fois que mon petit baiser l’aurait ramené à la vie.

[Est-ce à dire que mon premier amour de petite fille aurait été un personnage de fiction ?]

Quoi qu’il en soit, lorsque j’ai rencontré D. et que je suis « tombée en amour » avec lui, j’ai cru voir et reconnaître en lui plusieurs ressemblances avec le petit garçon du conte. Sauf que je n’ai pas réussi à le sortir de sa cloche de verre. Enfin, un peu, mais ça n’a pas duré.

NON ! Ce n’est pas ma faute ! C’est lui qui n’a pas voulu ou pas pu se libérer de sa peur, de sa honte et de ses dépendances [que je ne nommerai pas : elles n’appartiennent qu’à lui]. N'a rien fait pour protéger l’amour et le faire grandir. Tout fait pour fuir l’angoisse et la lourdeur des responsabilités familiales. Que j’ai dû porter toute seule.

OUI ! Oui j’éprouve tout plein de petits et gros ressentiments. Devrais-je le lui exprimer, après tout ce temps ? Ça me servirait à quoi ? À rien de plus que de le ressentir ou de l’écrire ici. Ça me servirait à rien. Nous ne nous rencontrons plus jamais, ne nous écrivons plus, ne nous parlons plus ni au téléphone ni autrement. C’est fini. Il est ailleurs dans sa vie. Moi aussi. Nous n’avons plus aucune sorte de relation sauf à l’absence l’un à l’autre. Même pas la guerre. Le vent glacial de l’indifférence.

Comme je dérive ce matin. C’est dur. Encore la tristesse. Le ♥ gros.

Allez, petit cheval blanc, allez mes muses, réveillez-vous et amenez-moi dans des contrées intérieures encore inconnues, là où j'inventerai les forces vaillantes pour laisser parler ma colère à l’autre [à tous les autres] avec franchise et fermeté, directement et sans violence. Amenez-moi là où j’arrêterai d’être juge et bourreau pour moi-même à force de me sentir responsable et surtout coupable de tout ce qui dérape et prend le bord si vite en amour comme en amitié [des fois].

Alors ce rêve, ça vient ?