135. et le trickster

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e pardonnerez-vous de ne pas écrire très souvent dans ce journal, ou trop peu,
me contentant d'y noter quelques pensées éparses, et des extraits des textes que je lis
sans même me donner la peine de commenter ?
[Et  que personne ne vient commenter en retour,
tant pis pour moi !]

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Je n’écris pas beaucoup « ailleurs » non plus. Sauf dans mon journal papier, mais lui, c’est mon écriture à part, juste pour moi. Un morceau intime de l’âme qui ne peut pas se dévoiler publiquement sans risquer de voler en éclats. Ou de se fracasser comme un beau grand miroir rond, et nous occasionner sept ans de malheurs, on veut pas ça pour soi ni pour les autres n’est-ce-pas.

Quoi qu’il en soit, ne pas produire de mots ni de textes ne signifie pas que je n’écris pas. Je laisse les récits se construire en moi. Je leur donne le temps de se former, de se formater, de flotter et batifoler. Ils naîtront bien une fois leur longue gestation achevée.

Envie de vous raconter que je réfléchis à la féminité, et puis aussi à la question de la petite fille en moi qui pleure, qui se meurt de honte et de culpabilité, qui étouffe dans le silence et les secrets de famille. Je me sens de plus en plus fatiguée, je dirais même épuisée de chercher à reconstituer la version douloureuse de son histoire d’enfance et savoir enfin pourquoi elle avait été traitée comme ça [moqueries, mépris et autres maltraitances], pourquoi elle n’avait pas été protégée par la mère. J’ai abandonné mes recherches et amères ruminations, et j’ai décidé de tendre la main à la petite blessée afin de m’en occuper moi-même. Juste accepter qu'elle soit dans cet état et si possible, l'aider à s'en sortir avec douceur et compassion.

On peut être une mère pour soi ? Je veux bien croire que oui. Je l'espère de toutes mes forces. En tout cas, je ne perds rien d’essayer. Sauf que, ne sachant trop comment m’y prendre pour tendre la main à une enfant tapie au fond de moi comme une ombre, j’ai ouvert de nouveaux livres et parcouru quelques sentiers du savoir dans tous les sens. J’y ai fait de fabuleuses découvertes concernant l’enfant intérieur. Ce fut mon point de départ. L'enfant intérieur est aussi appelé : le trickster, le puer aeternus, l'enfant éternel, l'éternel enfant, le fripon divin, selon ses caractéristiques.

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Sur Cena, je lis ceci :

En [se] laissant guider par les mythes que nos frères humains de toutes races et tous pays ont nourris, nous y rencontrons notre Enfant Intérieur, tantôt blotti de peur, à l’ombre de nos images troubles ou bien effrayé par le rai de lumière que tente de lui renvoyer le miroir de notre lucidité ; tantôt sereinement endormi dans le giron confortable de notre ignorance ou notre égoïsme, ou bien jaillissant en torrent impétueux d’une source pulsionnelle vitale et incompressible.

René Barbier, chercheur en sciences de l’éducation écrit merveilleusement à son sujet :

« C’est un enfant qui prend le Jour pour en faire sa cabane de feuillage. Il arrive à l’horizon de la mémoire, sans aucun bruit, sans aucune page. Il n’a rien à nous dire. Il est la Présence même. Il éclate de tous les rires de la terre. C’est un enfant pareil à la mer, et pourtant, c’est un enfant soleil. Il fait chanter toutes les colombes. Il adoucit les serpents du rouge vif. Il boit la rage et donne le rêve. Un jour nous le rencontrerons. Entre deux portes coquille de l’instant. Il arrêtera notre visage. Il prolongera notre regard dans la surprise du torrent. Nous prendrons le temps du partage. C’est un enfant qui arrondit l’espoir pour le faire rouler et bleuir le monde. Il est la femme et il est l’homme, entrelacés, hélice de toute vie. Avec lui, nous devenons plus humains. Avec lui, fulgurante, l’existence est royauté. »

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Sources :

Les extraits cités sont de CENA, le Cercle d'Études Nouvelles d'Anthropologie - Les Amis Arthuriens de René BANSARD (cena12.com/Documents/glossaire.doc).

Et pour l'image, grand merci à Mizhak, sur DevianArt.com.