126. tranquillement

« Une voix intérieure m'ordonne : approche-toi le plus possible des sources de la honte. »

W. Gombrowicz : Souvenirs de Pologne

2011.05.16 : barrière avec bourgeons de vigne vierge

derrière la barrière, la ruelle mouillée, le flou

Je pose les mots. Et je pèse mes mots.

J'arpente un terrain miné, compliqué. Entre découvertes issues de mes rêves et questions du jour, toute neuves.

Pluie toute la journée d'hier. Avant-hier aussi. Ce matin, ciel gris et froid. 

J'en profite pour photographier le pommier mouillé avant que les pétales rose pâle pourrissent et retournent à la terre [c'était hier].

2011.05.16 : pommier sous la pluie

pommier d'à côté sous la pluie

La honte est une souffrance d'autant plus forte que par nature on en parle peu.

Il y a l'humiliation qui amène à taire les violences subies, à se replier sur soi-même, à cultiver un sentiment d'illégitimité, à se vivre comme « un moins que rien ». Il y a la gêne éprouvée face à la honte d'autrui, qui conduit, le plus souvent, à une mise à distance, à un refus d'entendre ce qui dérange. L'écoute de celui ou celle qui a honte est difficile. Ces deux attitudes se complètent et se renforcent. La gêne des uns contribue au rejet des autres et au silence de tous.

Vincent de Gaulejac : Les sources de la honte

2011.05.16 : barrière avec vigne

la vigne neuve s'effiloche sur la barrière

Je revisite la définition [dictionnaire] de l'abnégation. 

Dans le Petit Robert  2007, le mot apparaît en 1488, [comment peuvent-ils être aussi précis ? c'est fou]. « Abnégation : Sacrifice volontaire de soi-même, de son intérêt. » [sacrifice volontaire, donc pas inconscient du tout]. Origines : « abjuration » 1377 et du latin abnegatio : « refus ». 

Mon vieux Littré, pour sa part, ne mentionne pas l'abjuration. Il se contente de abnegatio : « renoncement, faire abnégation de ses intérêts, l'abnégation chrétienne ». Je m'en doutais. 

Mais l'abjuration ? 

C'est la surprise que me réservait la question.

2011.05.16 : pommier fleuri

pommier en fleurs, prise 2

Je n'abjure pas la foi, au sens de renier ou de renoncer solennellement. Je l'ai juste perdue.

C'est une question sérieuse. En tout cas, qui me torture un peu des fois. Mais je n'en meurs pas.

Et je ne nie pas que un ou des dieux puissent exister pour ceux qui y croient. Je dis juste que je ne crois pas à leur existence. 

C'est ça perdre la foi ?

Si c'est ça, c'est quoi avoir la foi ?

Si c'est croire à un dogme à la religion [catholique], j'ai perdu cette foi-là. Définitivement, je le sais.

J'ai aussi perdu la foi en l'existence du dieu omniprésent, omnipotent et omni-tout-le-reste adoré par les chrétiens.

Je n'ai plus la foi ni au créateur, que je crois inventé par des hommes en besoin de se raconter « la » belle histoire, ni aux dogmes des différentes religions [chrétiennes et catholiques] qui se sont déployées et multipliées comme des fleurs de pommier.

Pourquoi j'ai besoin de l'écrire dans ce journal, public ? Ça, c'est une autre histoire. 

Serait-ce l'histoire de la honte qui commence à vouloir s'échapper du secret ?

2011.05.16 : poirier en fleurs

poirier en fleurs chez mes voisins de ruelle, d'en face

La honte n'est ni sociale ni psychique, elle prend sa source dans ce double registre. On ne peut donc parler ici « d'autre scène » puisque ce qui se joue dans l'inconscient se noue avec des humiliations qui n'ont rien de fantasmatique. Si elle s'enracine dans les couches les plus profondes de la psyché (narcissisme, identification primaire, incorporation de l'objet perdu...), elle n'est pas pour autant « inconsciente », comme la culpabilité. Elle est plutôt de l'ordre du déni conscient que du refoulement inconscient.

Vincent de Gaulejac : Les sources de la honte

2011.05.16 : laurier-sauce ou laurier nobilis en attente de rempotage

laurier nobilis [laurier-sauce ou laurier d'Apollon] en attente de rempotage

Je ne fabriquerai pas de plan formel pour mes prochains doutes et questions. Pas de Plan Nord personnel non plus, mes communautés autochtones intérieures n'entendent pas collaborer...

Je me suis octroyé le droit de laisser flotter bien que ça m'angoisse pas mal par bout[e]s

Je me consens à me laisser vivre la reconstruction post tabula rasa dans la plus complète anarchie

Il reste quelques torrents de larmes

Isolées

Les jours de pluie sur le Québec

Rien de grave. Rien qui m'empêche de lire, à volonté