125. tabula rasa

Qui ne se souvient pas d'avoir écrit sur la première vraie tablette magique avec un stylo en bois/ou en plastique/, ou encore sur une ardoise [avec une craie] ?

Une fois que la tablette était couverte de mots, chiffres ou dessins, il suffisait de soulever la pellicule - une sorte de film transparent - [ou sur l'ardoise, de donner un coup de chiffon ou de brosse en feutre] pour que tout s'efface. Ça permettait de recommencer sur une surface/page vierge. 

Heureux temps.

Qui n'a jamais rêvé de faire table rase de tous les principes et idées reçus dès l'enfance qui vous suivent jusque dans l'âge adulte, influencent la plupart de vos décisions, et finissent souvent par vous empoisonner l'existence ? 

Personne ou presque. Pourquoi ?

Je ne sais pas. Je navigue un peu là-dedans ces temps-ci. Une fois de plus, je doute.

Mais le doute et les questions, c'est angoissant parce qu'on ne trouve pas souvent des réponses qui ont du bon sens/sang. Faut-il pour autant arrêter d'en poser ? No, sir.

J'ai appris que le doute méthodique [merci monsieur Descartes] consiste à faire tabula rasa avec les connaissances et préjugés appris qui ne servent à rien d'autre qu'à vous maintenir dans l'ignorance crasse qui n'a pas d'autre fonction que de garder un certain système stable, ou en vie.

Jusqu'à maintenant, je me sentais en sécurité parce que j'avais l'impression de douter de tout. En tout cas, je doutais beaucoup plus que la moyenne des flamants roses qui servent de maillet de croquet dans le jeu organisé par la Reine de Coeur dans Alice au Pays des merveilles.

Ça me rassurait de tout remettre en question de temps en temps. J'ai pratiqué le doute méthodique plus que nombre de fois, mais toujours en poursuivant ma route, en continuant d'avancer. Comme si j'avais crainte de perdre du temps en balançant tout par dessus bord et en recommençant à zéro connaissance. 

Mais ça n'a pas marché. Parce que j'avais l'impression de douter, alors que je ne doutais pas vraiment.

Ça n'a pas marché parce que je n'avais jamais poussé le doute assez loin. Jamais jusqu'à douter à fond. Douter de « tout ». 

C'est là où j'en suis. Cela explique mon relatif silence sur le web. Et ailleurs. 

Tous mes amis sauf ceux qui n'ont pas besoin qu'on leur fasse un dessin pour comprendre ce genre de phrase tarabiscotée comprendront.  

Donc. Avant-hier matin, j'ai vidé mon sac et je suis repartie sans rien d'autre que mon bagage personnel, juste avec ma connaissance intime et intuitive du monde.

Sans aucune envie de sauter en bas d'un pont. [Pour une fois].  

J'ai effacé tout ce qu'il y avait sur la tablette magique, lavé l'ardoise pour faire tabula rasa, une vraie de vraie. Jeté par terre tout ce que j'ai appris à ce jour, tout ce que je connais ou crois connaître. Mis/abandonné/ tout cela à côté du chemin. 

Depuis, j'essaie de voir comment je ferai pour reconstruire mon bagage de connaissances, une page [de tabula] à la fois.